Radio Nova 101.5 FM et lemonde.fr : « Ma première nuit en prison, ma dernière nuit en prison »

RADIO NOVA et Le Monde.fr diffuseront sur deux semaines, du lundi 14 au vendredi 25 septembre 2009, une nouvelle série sonore intitulée “Ma première nuit en prison”/”Ma dernière nuit en prison”, une collection de 10 témoignages donnant à entendre la voix de 5 anciens détenus (4 hommes et une femme) qui se souviennent de ces deux nuits pas comme les autres.

Tous ont des souvenirs âpres ou inattendus marqués au fer rouge par cette première nuit initiatique et cette dernière nuit où l’espoir, mais aussi la crainte, la déchirure, sont exacerbés. Et toutes ces nuits dialoguent les unes avec les autres : adaptation et survie en milieu hostile, souffrance et fraternité, solidarité et vieillissement…
Des histoires fortes, des témoins francs et sincères – une mosaïque sans fard sur la prison.

Entre 2002 et 2008, le nombre de personnes placées sous écrou a augmenté de 25%. Au 1er août 2009, il y avait 62 420 détenus pour 51.000 places, répartis dans 194 établissements. La durée moyenne sous écrou est passée de 7,9 mois en 2002 à 9 mois en 2008. Près de 75% des personnes condamnées le sont à des peines de mois de 6 mois. Chaque jour, 3 tentatives de suicide, 3 débuts de grève de la faim et un suicide effectif ou mort suspecte tous les trois jours, soit un taux
supérieur de 7 fois au monde extérieur. Voilà pour le portrait statistique de l’univers carcéral. La prison ou « la honte et l’humiliation de la République ». Une situation indigne d’une démocratie.

En réalisant cette collection, Joseph Beauregard, l’auteur-réalisateur, a souhaité poursuivre son engagement citoyen et son travail sur l’univers carcéral : « La prison ne doit pas être une vengeance mais une seconde chance. Depuis toujours, la prison est coupée des valeurs républicaines, c’est un univers où l’inhumanité, l’arbitraire et la misère règnent. C’est un monde où la dignité humaine est absente et ce n’est pas acceptable ».

Avec ces deux nuits, c’est tout un univers qui se déploie avec ses codes, ses rituels, ses histoires intimes. Est-ce qu’on peut dire la prison ? Avec ces 10 nuits en prison suspendues à l’angoisse et l’inconnu, Joseph Beauregard donne à entendre quelques minutes d’humanité.

Sur Radio Nova : 101,5 du lundi 14 septembre au vendredi 25 septembre à 8h10 et 18h20

http://www.novaplanet.com/

Sur Le Monde.fr du lundi 14 septembre au vendredi 25 septembre.

http://www.lemonde.fr/

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Loi pénitentiaire: la détention en cellule individuelle remise en cause (commission)

Publié dans la presse le 10 septembre 2009.

La commission des lois de l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi pénitentiaire remettant en cause, à la demande de Michèle Alliot-Marie (Justice) le principe de la détention en cellule individuelle, a-t-on appris mercredi de source parlementaire.

« Les personnes détenues sont placées, selon leur libre choix, soit en cellule individuelle, soit en cellule collective », selon l’amendement présenté par le gouvernement qui a été adopté.

La demande des détenus « est satisfaite sauf si leur personnalité y fait obstacle », précise l’amendement.

Devant les députés, Mme Alliot-Marie avait jugé que le « libre choix » permettrait notamment de mieux lutter contre le risque de suicide en prison.

La commission a par ailleurs entériné la possibilité de bénéficier d’une alternative à l’incarcération pour tous les condamnés à des peines de deux ans de prison ferme (contre un an jusqu’à présent).

Elle a modifié le texte voté par le Sénat en excluant les récidivistes de ce régime mais a rejeté un amendement UMP qui voulait également en exclure les délinquants sexuels.

La garde des Sceaux avait souhaité que récidivistes et délinquants sexuels en soient exclus.

Le texte qui sera examiné, en urgence, à partir du 15 septembre en séance publique, a été adopté début mars par le Sénat. Les sénateurs y ont ajouté un grand nombre d’articles (91 contre 59 à l’origine). 700 amendements ont été déposés en commission des loi à l’Assemblée.

Parmi les amendements votés, l’un, adopté à l’unanimité à l’initiative du PS, autorise les détenus à se pacser, y compris avec un autre détenu, en permettant au greffier du tribunal de se déplacer en prison. Jusqu’à présent seuls les mariages y étaient possibles.

Un autre amendement socialiste prévoit qu’un accouchement ou un examen gynécologique se « déroule sans entraves et hors de la présence du personnel pénitentiaire ».

Enfin un amendement d’Eric Ciotti revient sur l’assouplissement voulu par les sénateurs concernant la libération conditionnelle pour motif non médical. Elle pourra être demandée à partir de 75 ans comme le prévoyait le texte du gouvernement et non 7O ans comme l’avaient voté les sénateurs.

Retrouvez cet article dans Le Monde

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Le « plan prisons » de Michèle Alliot-Marie

Publié dans la presse le 10 septembre 2009.

Construire de nouvelles prisons. Trouver du travail pour les détenus. À la veille du débat parlementaire sur la loi pénitentiaire, l’analyse de la ministre de la Justice.

Michèle Alliot-Marie propose, par exemple, de développer des travaux d'utilité publique. Santé réinsertion, surpopulation, aménagements de peine sont autant de défis à relever pour améliorer le sort des détenus. Photo : Claude Stefan

Michèle Alliot-Marie propose, par exemple, de développer des travaux d'utilité publique. Santé réinsertion, surpopulation, aménagements de peine sont autant de défis à relever pour améliorer le sort des détenus. Photo : Claude Stefan

Entretien.

Nicolas Sarkozy a qualifié les prisons de « honte pour la République ». La loi pénitentiaire que vous allez défendre pourra-t-elle résoudre les principaux maux du monde carcéral, la surpopulation en premier lieu ?

J’ai bien l’intention de faire changer les choses. Le projet de loi pénitentiaire prévoit des améliorations sensibles de la situation actuelle. D’autres mesures, qui ne relèvent pas du domaine législatif, les compléteront. Les problèmes de surpopulation existent depuis très longtemps. Un plan de construction de 13 200 places de prison a été lancé, en 2002, pour s’achever en 2012. De nombreux établissements vont ouvrir au cours des prochains mois, par exemple la maison d’arrêt du Mans-les-Croisettes, début 2010. Un nouveau plan de 5 000 places supplémentaires est en préparation. C’est une opportunité pour faire bouger tout le système.

Le Sénat est favorable à des aménagements de peine pour toute condamnation à moins de deux ans de prison. Cela vous déplaît. Pourquoi ?

Ce seuil de deux ans nest pas en cohérence avec les mesures prises, l’an dernier, sur la récidive et les peines plancher. Et certains faits punis de deux ans de prison sont déjà graves, comme les agressions sexuelles. Les aménagements de peine ne peuvent avoir pour seul but de désengorger les prisons. Ils doivent permettre d’exécuter une sanction prononcée par le juge qui, sinon, parfois ¯ faute de places de prison ¯ ne le serait pas. Ils doivent aussi permettre de mieux préparer la réinsertion des condamnés en fin de peine. L’ouverture de nouvelles places permettra, dès 2010, de desserrer l’étau. L’encadrement de la détention provisoire est de nature à le réduire.

La France détient le plus fort taux de suicides en prison de toute l’Europe. S’explique-t-il par le fait qu’un tiers des détenus souffrent de problèmes mentaux et que la prison ne peut pas être un lieu de soins ?

Aujourd’hui, la réponse carcérale est la même pour les détenus souffrant de troubles psychiatriques lourds, les auteurs d’escroqueries ou les trafiquants de drogue ! Ce n’est pas satisfaisant. Cet été, il fallait prendre des mesures d’urgence pour tenter de prévenir les suicides en prison. Je l’ai fait, mais je sais que ce n’est pas suffisant et je veux aller plus loin. J’ai engagé une réflexion avec la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot-Narquin, sur la santé en prison. Je veux aussi développer les moyens de conserver aux détenus un lien social et familial durant leur incarcération, ce qui facilitera aussi leur réinsertion future.

Défendrez-vous les règles européennes de détention ? Les droits des détenus à la formation, l’activité, la réinsertion ?

Les détenus ne peuvent pas rester enfermés vingt-deux heures par jour dans leur cellule. Il faut développer les activités. Outre la formation et les ateliers, pourquoi, par exemple, ne pas faire entretenir les sous-bois pour éviter les incendies de forêt, nettoyer les rivières pour prévenir les inondations, par des détenus encadrés ? Cest un travail utile à la société, qui les place dans une perspective davenir. Pour préparer les détenus en fin de peine à la sortie, il faut aussi trouver des moyens d’aménager cette période, afin d’éviter le choc de la sortie et la perte de repères qui peuvent les conduire au suicide, à la récidive…

Vous souhaitez mettre en place des régimes de détention différenciée. Ne risquez-vous pas d’instaurer un système de ségrégation entre détenus ?

Non. Je veux différencier les réponses pour mieux préparer la réinsertion. Il faut prendre en compte les capacités de chacun à travers une formation scolaire, professionnelle, comportementale, qui ne peut évidemment pas être la même pour tous.

Défendrez-vous le principe d’une cellule par détenu pour tous ceux qui le souhaitent ?

Le principe d’un détenu par cellule ne peut pas être une règle intangible. Il faut être pragmatique : si, dans certains cas, cela peut être une bonne chose, dans d’autres ce n’est ni souhaitable, ni souhaité par les détenus.

Retrouvez ces propos receuillis par Bernard Le Solleu dans Ouest-France

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La loi pénitentiaire revue à la baisse

Publié dans la presse le 30 août 2009.

Les personnes condamnées à deux ans de prison seront finalement exclues des mesures d’aménagement de peine. Le gouvernement ne veut pas brouiller son message de fermeté sur la délinquance.

Le gouvernement renonce à prévoir des aménagements de peine systématiques pour les personnes condamnées jusqu’à deux ans de prison, une mesure phare qui était pourtant inscrite dans la loi pénitentiaire. Alors que le texte devrait venir en deuxième lecture au Parlement à la mi-septembre, l’Élysée et la Chancellerie veulent revoir à la baisse cette disposition. Depuis quelques années, des aménagements de peine sont de plus en plus souvent réalisés pour les personnes condamnées à moins d’un an de prison, notamment grâce à l’extension du bracelet électronique. Pour les courtes peines, la possibilité d’éviter un passage par la prison, toujours désocialisant, est désormais systématiquement étudiée par les services pénitentiaires d’insertion et de probation (Spip).

Les rédacteurs de la loi pénitentiaire avaient voulu monter le curseur jusqu’à deux ans d’emprisonnement, et donc permettre à tous les condamnés à deux ans ou moins de prison, après examen de leur situation, de pas être incarcérés. Leur objectif était double : l’un, très présentable, était de favoriser les chances de réinsertion des condamnés ; l’autre, moins avouable, était de désengorger les établissements pénitentiaires surchargés…

Mais les associations de victimes, qui bénéficient toujours d’une oreille attentive à l’Élysée, n’ont pas apprécié la démarche. Elles ont mis en avant le trouble que pourrait causer dans l’opinion publique le projet de ne pas mettre sous les verrous des personnes condamnées. Elles ont aussi évoqué le manque de lisibilité d’une politique qui durcit les condamnations pour les récidivistes pour finalement ne pas les placer en détention… Parmi les profils de ces condamnés à deux ans ou moins de prison, sur lesquels travaillent les services de la Chancellerie, figurent parfois des délinquants confirmés, voire des récidivistes condamnés dans le cadre de la loi sur les peines planchers.

Dans l’idée de Michèle Alliot-Marie, les aménagements de peine sont utiles lorsqu’ils permettent que les peines soient réellement exécutées, à défaut de l’être derrière des barreaux. Car la non-exécution des peines est un autre fléau de la justice pénale qui trouble le message politique de fermeté.

L’Administration pénitentiaire avait déjà fait ses calculs et comptait sur ces nouveaux aménagements pour soulager les établissements surpeuplés… En juin dernier, Nicolas Sarkozy avait sans doute déjà à l’esprit de ne pas baisser la garde lorsqu’il avait annoncé, devant le Congrès réuni à Versailles, un nouveau plan de construction d’établissements pénitentiaires : « Comment peut-on parler de justice quand il y a 82 000 peines non exécutées parce qu’il n’y a pas de place dans nos prisons ? », avait interrogé le président.

Le gouvernement hésite encore sur la bonne solution : exclure les récidivistes des aménagements de peine, baisser le curseur à un an et demi, le laisser à un an… La décision devrait être prise lors du débat en commission des lois.

Retrouvez l’article de Laurence de Charette dans Le Figaro

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Publié dans la presse le 31  août 2009.

Le Club informatique pénitentiaire cherche des formateurs bénévoles pour la prison Bonne-Nouvelle*.

Une demi-journée par semaine. C’est le temps que consacre le Club informatique pénitentiaire (Clip) aux détenus de la maison d’arrêt Bonne-Nouvelle. L’association propose des cours d’informatique, de l’initiation au perfectionnement, aux prisonniers qui souhaitent préparer leur insertion après la fin de leur peine. « L’outil informatique est le moyen indispensable pour trouver du travail maintenant. C’est aussi une occasion de faire sortir les détenus de leur cellule », explique Jean-Claude Bontemps, délégué régional du Clip pour la Haute-Normandie.

Stages d’été
Pour que l’activité se déroule normalement, il faut un ordinateur, un détenu et un formateur. Ces derniers se font rares. C’est pourquoi, le Clip lance un appel à candidature. « Nous recherchons des formateurs bénévoles qui souhaitent faire partager leurs connaissances en bureautique aux prisonniers, le temps d’une après-midi par semaine ». Jean-Claude Bontemps insiste aussi sur le fait qu’il faut avoir envie de connaître le milieu pénitentiaire. « C’est plus qu’un travail pédagogique, il faut savoir s’adapter aux différents niveaux des détenus. Savoir les écouter, ne pas juger et se taire », rappelle-t-il. Une formation est prévue à Paris pour familiariser l’enseignant au milieu carcéral.

L’été, ce sont les étudiants qui peuvent devenir formateurs. « Nous acceptons les jeunes qui souhaitent effectuer leur stage d’étude. Le Clip délivre des conventions. Les stagiaires travaillent à temps complet pendant l’été et sont rémunérés à un tiers du Smic minimum », poursuit Jean-Claude Bontemps. Travailler au sein d’un établissement pénitencier est une expérience humaine atypique.

* Maison d’arrêt de Rouen.

Retrouvez l’article de Pauline Lefrançois dans Paris Normandie

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Sortie du film « un prophète » de Jacques Audiard.

Publié dans la presse le 25 août 2009.

Le film événement de Jacques Audiard couronné à Cannes du Grand Prix du jury, sort mercredi 26 août sur les écrans. L’Express a rencontré Abdel Raouf Dafri, auteur du scénario original de l’histoire de Malik, dont la prison est le décor.

Un Prophète est une vieille histoire. Auteur du scénario original du film de Jacques Audiard, Abdel Raouf Dafri a écrit ce « roman d’éducation » d’un jeune détenu en 2001. « C’était une période difficile pour moi, raconte celui que le scénario des deux films consacrés à Jacques Mesrine a transformé en valeur montante du cinéma français. J’étais au RMI ».

L’histoire de Malik s’est imposée à son auteur comme une évidence. Né à Marseille, grandi à Lille, aujourd’hui âgé de 45 ans, Abdel Raouf Dafri a connu de l’intérieur l’univers des quartiers déshérités. L’invention du héros doit beaucoup à ce qu’il a pu observer. « Moi, j’appartiens à la génération Mitterrand. C’était une ère multi-éthnique. Noirs, rebeus, français de souche, nous étions tous ensemble. Peu à peu, le pays s’est ethnicisé. Maintenant, les jeunes parlent arabe entre eux ».

Dans le film, Malik échappe pourtant à ce schéma devenu dominant. « Il n’a pas conscience qu’il est arabe, explique Dafri. Dans la prison où il est enfermé pour six  ans, il apprend tout seul au contact des Corses et des autres ». « Je ne voulais surtout pas faire un documentaire sur la prison ou la cité, reprend-il, même si je me suis inspiré de mes souvenirs et de l’expérience d’amis». Ou s’il n’a pas masqué des faits parfois dérangeants de la réalité carcérale. « Le shit régule les prisons », dit-il ainsi.

Entre la trame originale tissée par le scénariste et la version définitive due à Jacques Audiard et Thomas Bidegain, plusieurs modifications substantielles ont été enregistrées. La quasi-totalité du film se déroule ainsi en prison alors qu’Abdel Raouf Dafri avait séparé en deux parties égales le parcours de Malik : dedans, dehors. Et surtout, la manière de raconter et de montrer a été « francisé ».

Car, Dafri proposait une vision plus américaine, jusque dans les détails de la vie carcérale. Exemple : les détenus mangeaient ensemble dans la centrale comme aux Etats-Unis, alors qu’ils se restaurent, en réalité, dans leur cellule. Des scènes étaient plus amples, plus proches du grand cinéma américain, façon Le Parrain ou Scarface. Le scénariste revendique aussi son admiration pour Sam Peckinpah (1925-1984), réalisateur réputé pour la violence de ses images.

Dans Un Prophète, Malik tue un autre détenu avec une lame de rasoir dissimulée dans sa bouche : « cette scène-là, c’est l’histoire qui me l’a inspirée. J’ai pensé aux prostituées vietcongs qui tranchaient le sexe des GI américains pendant la guerre du Vietnam ».

Abdel Raouf Dafri se veut pourtant rassurant. « J’ai toujours détesté le banditisme violent, affirme le scénariste. Je préfére l’intelligence à la force, Michael Corleone à Tony Montana. Malik, c’est d’abord quelqu’un d’intelligent ».

Pour son prochain scénario, il reste toutefois dans le milieu du banditisme. Le film qui sera signé Romain Gavras, raconte l’histoire de Français ayant dirigé un trafic de toiles volées entre la France et le Japon et ayant commis des braquages au pays du Soleil Levant.

Voici la bande annonce:

Retrouvez l’article de Pascal Ceaux et d’Eric Pelletier dans l’Express

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Suicides en prison : les propositions de l’Etat jugées « désespérantes »

Publié dans la presse le 24 août 2009.

Face à l’inflation des suicides dans les prisons françaises – 92 depuis janvier 2009 selon l’Observatoire international des prisons (OIP), le ministère de la justice multiplie les annonces.

La dernière en date émane de Jean-Marie Bockel. « Pourquoi ne pas créer un numéro vert qui permette aux familles, aux gens qui à un moment donné ont un indice, de réagir tout de suite, même la nuit ? », a demandé le secrétaire d’Etat à la justice sur France 2, vendredi 21 août. Avant lui, Michèle Alliot-Marie, avait, lors d’une visite mardi à la maison d’arrêt d’Orléans, préconisé de généraliser les draps et pyjamas en papier pour éviter qu’ils ne servent de corde de pendaison. La ministre de la justice avait aussi suggéré d’en appeler aux détenus volontaires pour qu’ils signalent, en échange d’avantages, les prisonniers plus vulnérables.

Autant de mesures jugées « désespérantes » par le délégué général de l’OIP, Patrick Marest : « Elles démontrent le niveau d’incompréhension des responsables politiques en charge de la justice, et leur incapacité à s’émanciper de l’administration pénitentiaire (AP). » Selon lui, les familles de détenus « croulent déjà sous les numéros de téléphone d’associations ». « Une décision politique forte, simple et peu coûteuse serait de leur permettre un contact téléphonique direct avec leur proche incarcéré, et une visite à tout moment, quand le personnel médical et l’AP repèrent une situation de crise. »

« ON EN RIRAIT »

L’idée du numéro vert désole aussi Christine Boutin, l’ancienne ministre du logement, très impliquée dans le travail parlementaire sur les prisons : « Si ce n’était pas aussi tragique, on en rirait. Les numéros verts, on ne s’y retrouve plus. Ce n’est pas un numéro de plus dirigeant les familles vers l’administration qui changera quelque chose », s’exclame-t-elle.

L’appel à des détenus volontaires pour signaler les plus fragiles ne fait pas davantage recette. Pour M. Marest, « c’est malsain, cela revient à se décharger sur les détenus. La question de santé publique qu’est le suicide en prison doit être traitée par le ministère de la santé, qui est totalement absent ».

L’OIP bénéficie du soutien de plusieurs parlementaires, dont Noël Mamère, député-maire de Bègles (Gironde) pour qui la recrudescence des suicides en prison est due à la politique sécuritaire. Il demande « l’abrogation des lois sur la récidive, les peines planchers ou la rétention de sûreté, qui conduisent en prison des gens qui n’ont rien à y faire ». Le député Vert déposera, début septembre à l’Assemblée nationale, une demande de mission d’information parlementaire sur le décompte des suicides carcéraux car, selon l’OIP « l’administration pénitentiaire ment ».

Selon M. Marest, en plus des 115 suicides décomptés par l’AP pour 2008, figurent 131 « autres décès », dont 85 qualifiés d’« accidentels ». « Parmi ces 85 décès, explique le délégué général de l’OIP, un nombre X dissimulé concerne les morts par ingestion médicamenteuse, facilitées par le trafic qui a cours en prison. »

Retrouvez l’article de Patricia Jolly dans Le Monde

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