Archive for Revue de presse

« Vers une nouvelle prison dans l’Oise »

Publié dans la presse le 24 septembre 2009.

Où en est-on dans les prisons de Picardie ? Quelle politique est menée contre le risque de suicides ? Les réponses d’Alain Jégo, directeur interrégional des services pénitentiaires.

Yves Jégo, Directeur Interrégional des Services Pénitentiaires de Lille.

Alain Jégo, Directeur Interrégional des Services Pénitentiaires de Lille.Où en est-on dans les prisons de Picardie ? Quelle politique est menée contre le risque de suicides ? Les réponses d'Alain Jégo, directeur interrégional des services pénitentiaires.

On parle souvent de surpopulation pénale. Qu’en est-il dans les prisons de Picardie ?

Actuellement 2 391 personnes sont hébergées dans les six prisons de la région contre 2 350 l’an dernier. Cela représente une certaine stabilité quant au nombre de détenus. Il faut y ajouter 247 personnes, qui sont détenues, donc placées sous la surveillance de l’administration pénitentiaire, et équipées de bracelets électroniques.

Il faut noter que la surpopulation pénale ne concerne que les maisons d’arrêt de la région et non les centres de détention et les maisons centrales où la règle reste un détenu par cellule.

En Picardie, dans la plupart des maisons d’arrêt, le taux d’occupation est de 2 détenus par cellule. Bien sûr cela crée des difficultés pour la prise en charge des détenus mais, dans le cadre des règles pénitentiaires européennes, nous travaillons beaucoup sur l’accueil des détenus et nous développons le travail avec d’autres administrations qui agissent au sein des prisons comme l’Éducation nationale ou le ministère de la Santé. Il faut noter que l’aménagement des peines est actuellement en développement.

Certaines prisons picardes – c’est particulièrement le cas à Beauvais et Compiègne – sont vétustes et ne correspondent plus aux conditions normales d’incarcération. Avez-vous des projets de construction de nouvelles prisons ?

Nous réfléchissons, dans le cadre d’un futur plan, à la construction d’une nouvelle prison qui pourrait remplacer les maisons d’arrêt de Beauvais et de Compiègne. Il faut noter que plus de 2 millions d’euros ont été investis en Picardie pour rénover les cellules, sécuriser les cours [RC]de promenade et refaire le chauffage et les toitures.

On parle beaucoup en ce moment des suicides en prison. Quelles sont les mesures prises par l’administration pénitentiaire pour lutter contre ce phénomène ?

Un suicide en détention est toujours un drame pour le détenu et sa famille d’abord mais également pour le personnel pénitentiaire. Nous mettons en place des formations à destination des personnels pour encore mieux les former. Un effort tout particulier est effectué en ce qui concerne le quartier des arrivants et le quartier disciplinaire de manière à mieux repérer les comportements suicidaires. Nous échangeons très régulièrement avec tous ceux qui interviennent dans les prisons afin de mieux connaître les détenus.

Retrouvez cette interview de Georges Charrières dans Le Courrier Picard

Publicités

Leave a comment »

Le « plan prisons » de Michèle Alliot-Marie

Publié dans la presse le 10 septembre 2009.

Construire de nouvelles prisons. Trouver du travail pour les détenus. À la veille du débat parlementaire sur la loi pénitentiaire, l’analyse de la ministre de la Justice.

Michèle Alliot-Marie propose, par exemple, de développer des travaux d'utilité publique. Santé réinsertion, surpopulation, aménagements de peine sont autant de défis à relever pour améliorer le sort des détenus. Photo : Claude Stefan

Michèle Alliot-Marie propose, par exemple, de développer des travaux d'utilité publique. Santé réinsertion, surpopulation, aménagements de peine sont autant de défis à relever pour améliorer le sort des détenus. Photo : Claude Stefan

Entretien.

Nicolas Sarkozy a qualifié les prisons de « honte pour la République ». La loi pénitentiaire que vous allez défendre pourra-t-elle résoudre les principaux maux du monde carcéral, la surpopulation en premier lieu ?

J’ai bien l’intention de faire changer les choses. Le projet de loi pénitentiaire prévoit des améliorations sensibles de la situation actuelle. D’autres mesures, qui ne relèvent pas du domaine législatif, les compléteront. Les problèmes de surpopulation existent depuis très longtemps. Un plan de construction de 13 200 places de prison a été lancé, en 2002, pour s’achever en 2012. De nombreux établissements vont ouvrir au cours des prochains mois, par exemple la maison d’arrêt du Mans-les-Croisettes, début 2010. Un nouveau plan de 5 000 places supplémentaires est en préparation. C’est une opportunité pour faire bouger tout le système.

Le Sénat est favorable à des aménagements de peine pour toute condamnation à moins de deux ans de prison. Cela vous déplaît. Pourquoi ?

Ce seuil de deux ans nest pas en cohérence avec les mesures prises, l’an dernier, sur la récidive et les peines plancher. Et certains faits punis de deux ans de prison sont déjà graves, comme les agressions sexuelles. Les aménagements de peine ne peuvent avoir pour seul but de désengorger les prisons. Ils doivent permettre d’exécuter une sanction prononcée par le juge qui, sinon, parfois ¯ faute de places de prison ¯ ne le serait pas. Ils doivent aussi permettre de mieux préparer la réinsertion des condamnés en fin de peine. L’ouverture de nouvelles places permettra, dès 2010, de desserrer l’étau. L’encadrement de la détention provisoire est de nature à le réduire.

La France détient le plus fort taux de suicides en prison de toute l’Europe. S’explique-t-il par le fait qu’un tiers des détenus souffrent de problèmes mentaux et que la prison ne peut pas être un lieu de soins ?

Aujourd’hui, la réponse carcérale est la même pour les détenus souffrant de troubles psychiatriques lourds, les auteurs d’escroqueries ou les trafiquants de drogue ! Ce n’est pas satisfaisant. Cet été, il fallait prendre des mesures d’urgence pour tenter de prévenir les suicides en prison. Je l’ai fait, mais je sais que ce n’est pas suffisant et je veux aller plus loin. J’ai engagé une réflexion avec la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot-Narquin, sur la santé en prison. Je veux aussi développer les moyens de conserver aux détenus un lien social et familial durant leur incarcération, ce qui facilitera aussi leur réinsertion future.

Défendrez-vous les règles européennes de détention ? Les droits des détenus à la formation, l’activité, la réinsertion ?

Les détenus ne peuvent pas rester enfermés vingt-deux heures par jour dans leur cellule. Il faut développer les activités. Outre la formation et les ateliers, pourquoi, par exemple, ne pas faire entretenir les sous-bois pour éviter les incendies de forêt, nettoyer les rivières pour prévenir les inondations, par des détenus encadrés ? Cest un travail utile à la société, qui les place dans une perspective davenir. Pour préparer les détenus en fin de peine à la sortie, il faut aussi trouver des moyens d’aménager cette période, afin d’éviter le choc de la sortie et la perte de repères qui peuvent les conduire au suicide, à la récidive…

Vous souhaitez mettre en place des régimes de détention différenciée. Ne risquez-vous pas d’instaurer un système de ségrégation entre détenus ?

Non. Je veux différencier les réponses pour mieux préparer la réinsertion. Il faut prendre en compte les capacités de chacun à travers une formation scolaire, professionnelle, comportementale, qui ne peut évidemment pas être la même pour tous.

Défendrez-vous le principe d’une cellule par détenu pour tous ceux qui le souhaitent ?

Le principe d’un détenu par cellule ne peut pas être une règle intangible. Il faut être pragmatique : si, dans certains cas, cela peut être une bonne chose, dans d’autres ce n’est ni souhaitable, ni souhaité par les détenus.

Retrouvez ces propos receuillis par Bernard Le Solleu dans Ouest-France

Leave a comment »

Cliquez sur insertion

Publié dans la presse le 31  août 2009.

Le Club informatique pénitentiaire cherche des formateurs bénévoles pour la prison Bonne-Nouvelle*.

Une demi-journée par semaine. C’est le temps que consacre le Club informatique pénitentiaire (Clip) aux détenus de la maison d’arrêt Bonne-Nouvelle. L’association propose des cours d’informatique, de l’initiation au perfectionnement, aux prisonniers qui souhaitent préparer leur insertion après la fin de leur peine. « L’outil informatique est le moyen indispensable pour trouver du travail maintenant. C’est aussi une occasion de faire sortir les détenus de leur cellule », explique Jean-Claude Bontemps, délégué régional du Clip pour la Haute-Normandie.

Stages d’été
Pour que l’activité se déroule normalement, il faut un ordinateur, un détenu et un formateur. Ces derniers se font rares. C’est pourquoi, le Clip lance un appel à candidature. « Nous recherchons des formateurs bénévoles qui souhaitent faire partager leurs connaissances en bureautique aux prisonniers, le temps d’une après-midi par semaine ». Jean-Claude Bontemps insiste aussi sur le fait qu’il faut avoir envie de connaître le milieu pénitentiaire. « C’est plus qu’un travail pédagogique, il faut savoir s’adapter aux différents niveaux des détenus. Savoir les écouter, ne pas juger et se taire », rappelle-t-il. Une formation est prévue à Paris pour familiariser l’enseignant au milieu carcéral.

L’été, ce sont les étudiants qui peuvent devenir formateurs. « Nous acceptons les jeunes qui souhaitent effectuer leur stage d’étude. Le Clip délivre des conventions. Les stagiaires travaillent à temps complet pendant l’été et sont rémunérés à un tiers du Smic minimum », poursuit Jean-Claude Bontemps. Travailler au sein d’un établissement pénitencier est une expérience humaine atypique.

* Maison d’arrêt de Rouen.

Retrouvez l’article de Pauline Lefrançois dans Paris Normandie

Leave a comment »

Sortie du film « un prophète » de Jacques Audiard.

Publié dans la presse le 25 août 2009.

Le film événement de Jacques Audiard couronné à Cannes du Grand Prix du jury, sort mercredi 26 août sur les écrans. L’Express a rencontré Abdel Raouf Dafri, auteur du scénario original de l’histoire de Malik, dont la prison est le décor.

Un Prophète est une vieille histoire. Auteur du scénario original du film de Jacques Audiard, Abdel Raouf Dafri a écrit ce « roman d’éducation » d’un jeune détenu en 2001. « C’était une période difficile pour moi, raconte celui que le scénario des deux films consacrés à Jacques Mesrine a transformé en valeur montante du cinéma français. J’étais au RMI ».

L’histoire de Malik s’est imposée à son auteur comme une évidence. Né à Marseille, grandi à Lille, aujourd’hui âgé de 45 ans, Abdel Raouf Dafri a connu de l’intérieur l’univers des quartiers déshérités. L’invention du héros doit beaucoup à ce qu’il a pu observer. « Moi, j’appartiens à la génération Mitterrand. C’était une ère multi-éthnique. Noirs, rebeus, français de souche, nous étions tous ensemble. Peu à peu, le pays s’est ethnicisé. Maintenant, les jeunes parlent arabe entre eux ».

Dans le film, Malik échappe pourtant à ce schéma devenu dominant. « Il n’a pas conscience qu’il est arabe, explique Dafri. Dans la prison où il est enfermé pour six  ans, il apprend tout seul au contact des Corses et des autres ». « Je ne voulais surtout pas faire un documentaire sur la prison ou la cité, reprend-il, même si je me suis inspiré de mes souvenirs et de l’expérience d’amis». Ou s’il n’a pas masqué des faits parfois dérangeants de la réalité carcérale. « Le shit régule les prisons », dit-il ainsi.

Entre la trame originale tissée par le scénariste et la version définitive due à Jacques Audiard et Thomas Bidegain, plusieurs modifications substantielles ont été enregistrées. La quasi-totalité du film se déroule ainsi en prison alors qu’Abdel Raouf Dafri avait séparé en deux parties égales le parcours de Malik : dedans, dehors. Et surtout, la manière de raconter et de montrer a été « francisé ».

Car, Dafri proposait une vision plus américaine, jusque dans les détails de la vie carcérale. Exemple : les détenus mangeaient ensemble dans la centrale comme aux Etats-Unis, alors qu’ils se restaurent, en réalité, dans leur cellule. Des scènes étaient plus amples, plus proches du grand cinéma américain, façon Le Parrain ou Scarface. Le scénariste revendique aussi son admiration pour Sam Peckinpah (1925-1984), réalisateur réputé pour la violence de ses images.

Dans Un Prophète, Malik tue un autre détenu avec une lame de rasoir dissimulée dans sa bouche : « cette scène-là, c’est l’histoire qui me l’a inspirée. J’ai pensé aux prostituées vietcongs qui tranchaient le sexe des GI américains pendant la guerre du Vietnam ».

Abdel Raouf Dafri se veut pourtant rassurant. « J’ai toujours détesté le banditisme violent, affirme le scénariste. Je préfére l’intelligence à la force, Michael Corleone à Tony Montana. Malik, c’est d’abord quelqu’un d’intelligent ».

Pour son prochain scénario, il reste toutefois dans le milieu du banditisme. Le film qui sera signé Romain Gavras, raconte l’histoire de Français ayant dirigé un trafic de toiles volées entre la France et le Japon et ayant commis des braquages au pays du Soleil Levant.

Voici la bande annonce:

Retrouvez l’article de Pascal Ceaux et d’Eric Pelletier dans l’Express

Leave a comment »

« Je vous écris deLonguenesse »

Publié dans la presse le 20 août 2009.

Elle est arrivée en début de semaine à la rédaction. Une lettre, signée d’un détenu de la maison d’arrêt de Longuenesse, témoignant de violences subies pendant sa détention. Une enquête est en cours.

«  Je vous fais part de ce courrier pour que vous informiez vos lecteurs et la justice que la détention est très dangereuse.»

En haut de la missive, un nom, un matricule, une adresse. Celle du centre pénitentiaire, à Longuenesse. Suivent plus de deux pages au fil desquelles le détenu, retenu en maison d’arrêt, témoigne. De ses conditions de détention – «  nous sommes trois en cellule, elle ne mesure que 9 m² (…), le troisième détenu dort par terre, on vit dans un espace vital d’environ 3 m² » -, des violences qu’il affirme avoir subies, pendant six nuits entre fin juin et début juillet, causées par ses codétenus.

«  On reçoit beaucoup de lettres de détenus », indique le procureur de la République au tribunal de Saint-Omer, Pascal Marconville. Qui explique : «  Quelles que soient les violences, elles relèvent d’une juridiction intérieure à la prison et sont jugées par un conseil disciplinaire. Lorsqu’il peut y avoir une infraction pénale, les détenus sont invités à m’écrire ». Sur les faits dont se fait écho le détenu qui nous a écrit, une enquête est en cours au sein du centre pénitentiaire.

«  Il faut que toute la lumière soit faite sur cette affaire, convient Pascal Vansantberghe, le directeur de la prison de Longuenesse. On tirera les conséquences des conclusions de l’enquête. On effectue un travail important autour de l’accueil des personnes, notamment celles qui sont en situation de vulnérabilité. Ce monsieur a osé parler. Ça veut aussi dire qu’on travaille dans le bon sens. »

Retrouvez l’article  de J-L.D. dans La Voix du Nord

Leave a comment »

Prisons: de nouveaux établissements pour mettre fin aux problèmes?

Publié dans la presse le 19 août 2009.

Un surveillant dans le couloir d'une prison/Jean-Philippe Ksiazek AFP/Archives

Un surveillant dans le couloir d'une prison/Jean-Philippe Ksiazek AFP/Archives

5.000 nouvelles places doivent être construites en 2009, mais pour les observateurs, cela ne réglera pas tous les problèmes…

En juin dernier, constatant devant le Congrès que les prisons françaises étaient une «honte pour notre République», Nicolas Sarkozy a promis la construction de nouveaux établissements pénitentiaires.

Moins de deux mois plus tard, le ministère de la Justice assure: «Cela se poursuit activement.» Selon un porte-parole, il devrait y avoir 5.000 nouvelles places dans sept nouveaux établissements au cours de l’année 2009. L’objectif est double selon lui. Il s’agit d’«augmenter la capacité du parc pénitentiaire» et de «fermer les maisons d’arrêts les plus vétustes».

«De la poudre aux yeux»

Certains s’interrogent toutefois sur la finalité de ces nouveaux établissements. Pour Laura Petersell, de l’association «Ban Public», «c’est de la poudre aux yeux». La création de nouvelles prisons ne permet pas de lutter contre le problème de la surpopulation carcérale. Cela créé au contraire un cercle vicieux qui fait que plus il y a de places, plus il y a de prisonniers. «C’est un appel d’air total», lance-t-elle à 20minutes.fr, «cela ne résout pas le problème et consiste à refuser de se poser les bonnes questions».

Au lendemain des mesures annoncées par Michèle Alliot-Marie pour lutter contre les suicides en prison, les questions affleurent. La fabrique de nouvelles prisons est-elle vraiment la solution? Si la Chancellerie considère ces nouveaux établissements comme déterminants, Jérôme Capdevielle, élu national du syndicat FO Pénitentiaire, remarque que la construction d’établissements modernes «ne suffit pas pour endiguer le problème des suicides en prison». «Si quelqu’un veut mettre fin à ses jours, il trouvera toujours le moyen de le faire», explique-t-il à 20minutes.fr.

«Mettre de l’humain dans les prisons»

Le docteur Louis Albrand, auteur du rapport remis en avril au ministère de la Justice, juge que «tout cela est insuffisant». Il en veut pour preuve le fait qu’«il y a déjà eu deux suicides à la prison de Lyon-Corbas», un établissement qui a ouvert ses portes il y a quelques mois à peine. Pour réhabiliter les prisons françaises, il ne suffit pas d’ouvrir des établissements modernes. Ce qu’il préconise, c’est avant tout de «mettre de l’humain dans les prisons».

Car les nouveaux établissements ont beau être modernes, ils sont «de moins en moins humains et ressemblent à Big Brother devenu réalité», selon lui. «C’est la conception même de prison qu’il faut réformer», explique-t-il à 20minutes.fr. Selon les derniers chiffres de  l’administration pénitentiaire, il y avait au 1er août 62.420 détenus pour 51.000 places.

Retrouvez l’article d’Elodie Lestrade dans 20 minutes

Leave a comment »

Quand parler à «Libération» prive de parloir

Publié dans la presse le 19 août 2009.

Condamné à un an de prison ferme à la suite d’un coup de force dans le cadre d’un conflit salarial, Gérard Jodar, président de l’USTKE (Union syndicale des travailleurs kanaks et exploités), est privé de visites depuis hier mardi.

Le président de l'USTKE, Gérard Jodar. (© AFP Marc Le Chelard)

Le président de l'USTKE, Gérard Jodar. (© AFP Marc Le Chelard)

Parce qu’il a donné un entretien à Libération depuis sa prison de Nouvelle-Calédonie, Gérard Jodar, condamné à un an de prison ferme à la suite d’un coup de force dans le cadre d’un conflit salarial, a été privé de parloir. L’article de notre quotidien, où le président de l’Union syndicale des travailleurs kanaks et exploités (USTKE) déclare: «nous sommes toujours dans une colonie et pas très loin de l’époque du bagne», a été repris en une de la presse locale. Ce qui a fait grand bruit dans cet archipel du Pacifique.

«C’est suite à l’article»

Ce mercredi à 13h30, heure de Nouméa, l’épouse du président de l’USTKE s’est vu refuser l’exercice de son droit de visite à la prison de Camp Est, où son mari est incarcéré depuis le 29 juin, après sa condamnation à la suite de deux actions syndicales. «Ils m’ont interdit le parloir à moi et mes enfants. J’ai demandé au gardien la raison de ce refus, puis j’ai voulu voir le directeur. Il était trop débordé pour me recevoir. Un responsable m’a finalement dit: “vous savez très bien pourquoi, c’est suite à l’article”. Visiblement M. Fenard, le directeur de la prison, n’a pas apprécié que Gérard dénonce les conditions de détention à Camp Est où il y a près de 420 détenus pour 190 places.»

Et l’épouse de Gérard Jodar de poursuivre: «Oui, nous avons pris un risque. Mais ça valait le coup de témoigner. Moi, ça va, mais mes enfants sont très remontés», ajoute-t-elle.

«S’exprimer depuis sa prison n’a rien d’illégal»

Cécile Morescot, l’avocate de Gérard Jodar a demandé par fax une justification à Emmanuel Fenard, directeur de la prison. «Mme Jodar était munie d’un permis de visite pour elle et ses deux enfants accordé par le tribunal. L’autorisation de permis de visite n’était plus dans le dossier à l’accueil. C’est donc le directeur qui l’aurait retirée», explique l’avocate, qui fustige «une décision arbitraire de l’administration pénitentiaire car il n’y a eu aucune décision de justice, ni de conseil de discipline».

«S’exprimer depuis sa prison n’a rien d’illégal. Des détenus écrivent bien des livres», rappelle Me Morescot. Lundi, la demande d’aménagement de peine de Gérard Jodar a été refusée malgré un avis favorable. «Alors que toutes les autres personnes condamnées dans ce dossier en ont obtenu une, souligne l’avocate. Gérard Jodar est clairement ciblé par le parquet.»

Procès le 25 août

Le procès en appel de Gérard Jodar et des autres militants de l’USTKE est fixé au mardi 25 août. Samedi, «une grande marche organisée par l’USTKE et le collectif de soutien» regroupant la plupart des forces indépendantistes devrait partir du siège de l’USTKE et se diriger vers la prison de Camp Est. Après une petite halte devant le Haut commissariat de la République (la représentation de l’Etat en Nouvelle-Calédonie) pour protester contre la politique du «tout répressif» menée par Yves Dassonville, le haut-commissaire dépêché dans l’archipel en octobre 2007.

Retrouvez l’article de Matthieu Ecoissier dans Libération

Leave a comment »