Le « plan prisons » de Michèle Alliot-Marie

Publié dans la presse le 10 septembre 2009.

Construire de nouvelles prisons. Trouver du travail pour les détenus. À la veille du débat parlementaire sur la loi pénitentiaire, l’analyse de la ministre de la Justice.

Michèle Alliot-Marie propose, par exemple, de développer des travaux d'utilité publique. Santé réinsertion, surpopulation, aménagements de peine sont autant de défis à relever pour améliorer le sort des détenus. Photo : Claude Stefan

Michèle Alliot-Marie propose, par exemple, de développer des travaux d'utilité publique. Santé réinsertion, surpopulation, aménagements de peine sont autant de défis à relever pour améliorer le sort des détenus. Photo : Claude Stefan

Entretien.

Nicolas Sarkozy a qualifié les prisons de « honte pour la République ». La loi pénitentiaire que vous allez défendre pourra-t-elle résoudre les principaux maux du monde carcéral, la surpopulation en premier lieu ?

J’ai bien l’intention de faire changer les choses. Le projet de loi pénitentiaire prévoit des améliorations sensibles de la situation actuelle. D’autres mesures, qui ne relèvent pas du domaine législatif, les compléteront. Les problèmes de surpopulation existent depuis très longtemps. Un plan de construction de 13 200 places de prison a été lancé, en 2002, pour s’achever en 2012. De nombreux établissements vont ouvrir au cours des prochains mois, par exemple la maison d’arrêt du Mans-les-Croisettes, début 2010. Un nouveau plan de 5 000 places supplémentaires est en préparation. C’est une opportunité pour faire bouger tout le système.

Le Sénat est favorable à des aménagements de peine pour toute condamnation à moins de deux ans de prison. Cela vous déplaît. Pourquoi ?

Ce seuil de deux ans nest pas en cohérence avec les mesures prises, l’an dernier, sur la récidive et les peines plancher. Et certains faits punis de deux ans de prison sont déjà graves, comme les agressions sexuelles. Les aménagements de peine ne peuvent avoir pour seul but de désengorger les prisons. Ils doivent permettre d’exécuter une sanction prononcée par le juge qui, sinon, parfois ¯ faute de places de prison ¯ ne le serait pas. Ils doivent aussi permettre de mieux préparer la réinsertion des condamnés en fin de peine. L’ouverture de nouvelles places permettra, dès 2010, de desserrer l’étau. L’encadrement de la détention provisoire est de nature à le réduire.

La France détient le plus fort taux de suicides en prison de toute l’Europe. S’explique-t-il par le fait qu’un tiers des détenus souffrent de problèmes mentaux et que la prison ne peut pas être un lieu de soins ?

Aujourd’hui, la réponse carcérale est la même pour les détenus souffrant de troubles psychiatriques lourds, les auteurs d’escroqueries ou les trafiquants de drogue ! Ce n’est pas satisfaisant. Cet été, il fallait prendre des mesures d’urgence pour tenter de prévenir les suicides en prison. Je l’ai fait, mais je sais que ce n’est pas suffisant et je veux aller plus loin. J’ai engagé une réflexion avec la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot-Narquin, sur la santé en prison. Je veux aussi développer les moyens de conserver aux détenus un lien social et familial durant leur incarcération, ce qui facilitera aussi leur réinsertion future.

Défendrez-vous les règles européennes de détention ? Les droits des détenus à la formation, l’activité, la réinsertion ?

Les détenus ne peuvent pas rester enfermés vingt-deux heures par jour dans leur cellule. Il faut développer les activités. Outre la formation et les ateliers, pourquoi, par exemple, ne pas faire entretenir les sous-bois pour éviter les incendies de forêt, nettoyer les rivières pour prévenir les inondations, par des détenus encadrés ? Cest un travail utile à la société, qui les place dans une perspective davenir. Pour préparer les détenus en fin de peine à la sortie, il faut aussi trouver des moyens d’aménager cette période, afin d’éviter le choc de la sortie et la perte de repères qui peuvent les conduire au suicide, à la récidive…

Vous souhaitez mettre en place des régimes de détention différenciée. Ne risquez-vous pas d’instaurer un système de ségrégation entre détenus ?

Non. Je veux différencier les réponses pour mieux préparer la réinsertion. Il faut prendre en compte les capacités de chacun à travers une formation scolaire, professionnelle, comportementale, qui ne peut évidemment pas être la même pour tous.

Défendrez-vous le principe d’une cellule par détenu pour tous ceux qui le souhaitent ?

Le principe d’un détenu par cellule ne peut pas être une règle intangible. Il faut être pragmatique : si, dans certains cas, cela peut être une bonne chose, dans d’autres ce n’est ni souhaitable, ni souhaité par les détenus.

Retrouvez ces propos receuillis par Bernard Le Solleu dans Ouest-France

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