Quand parler à «Libération» prive de parloir

Publié dans la presse le 19 août 2009.

Condamné à un an de prison ferme à la suite d’un coup de force dans le cadre d’un conflit salarial, Gérard Jodar, président de l’USTKE (Union syndicale des travailleurs kanaks et exploités), est privé de visites depuis hier mardi.

Le président de l'USTKE, Gérard Jodar. (© AFP Marc Le Chelard)

Le président de l'USTKE, Gérard Jodar. (© AFP Marc Le Chelard)

Parce qu’il a donné un entretien à Libération depuis sa prison de Nouvelle-Calédonie, Gérard Jodar, condamné à un an de prison ferme à la suite d’un coup de force dans le cadre d’un conflit salarial, a été privé de parloir. L’article de notre quotidien, où le président de l’Union syndicale des travailleurs kanaks et exploités (USTKE) déclare: «nous sommes toujours dans une colonie et pas très loin de l’époque du bagne», a été repris en une de la presse locale. Ce qui a fait grand bruit dans cet archipel du Pacifique.

«C’est suite à l’article»

Ce mercredi à 13h30, heure de Nouméa, l’épouse du président de l’USTKE s’est vu refuser l’exercice de son droit de visite à la prison de Camp Est, où son mari est incarcéré depuis le 29 juin, après sa condamnation à la suite de deux actions syndicales. «Ils m’ont interdit le parloir à moi et mes enfants. J’ai demandé au gardien la raison de ce refus, puis j’ai voulu voir le directeur. Il était trop débordé pour me recevoir. Un responsable m’a finalement dit: “vous savez très bien pourquoi, c’est suite à l’article”. Visiblement M. Fenard, le directeur de la prison, n’a pas apprécié que Gérard dénonce les conditions de détention à Camp Est où il y a près de 420 détenus pour 190 places.»

Et l’épouse de Gérard Jodar de poursuivre: «Oui, nous avons pris un risque. Mais ça valait le coup de témoigner. Moi, ça va, mais mes enfants sont très remontés», ajoute-t-elle.

«S’exprimer depuis sa prison n’a rien d’illégal»

Cécile Morescot, l’avocate de Gérard Jodar a demandé par fax une justification à Emmanuel Fenard, directeur de la prison. «Mme Jodar était munie d’un permis de visite pour elle et ses deux enfants accordé par le tribunal. L’autorisation de permis de visite n’était plus dans le dossier à l’accueil. C’est donc le directeur qui l’aurait retirée», explique l’avocate, qui fustige «une décision arbitraire de l’administration pénitentiaire car il n’y a eu aucune décision de justice, ni de conseil de discipline».

«S’exprimer depuis sa prison n’a rien d’illégal. Des détenus écrivent bien des livres», rappelle Me Morescot. Lundi, la demande d’aménagement de peine de Gérard Jodar a été refusée malgré un avis favorable. «Alors que toutes les autres personnes condamnées dans ce dossier en ont obtenu une, souligne l’avocate. Gérard Jodar est clairement ciblé par le parquet.»

Procès le 25 août

Le procès en appel de Gérard Jodar et des autres militants de l’USTKE est fixé au mardi 25 août. Samedi, «une grande marche organisée par l’USTKE et le collectif de soutien» regroupant la plupart des forces indépendantistes devrait partir du siège de l’USTKE et se diriger vers la prison de Camp Est. Après une petite halte devant le Haut commissariat de la République (la représentation de l’Etat en Nouvelle-Calédonie) pour protester contre la politique du «tout répressif» menée par Yves Dassonville, le haut-commissaire dépêché dans l’archipel en octobre 2007.

Retrouvez l’article de Matthieu Ecoissier dans Libération

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