Suicides en prison : Michèle Alliot-Marie promet « la transparence »

Publié dans la presse le 18 août 2009.

Selon les associations spécialisées, depuis début janvier, le nombre de suicides en prison se situe entre 88 et 92 personnes. (AFP/Pierre-Franck Colombier)

Selon les associations spécialisées, depuis début janvier, le nombre de suicides en prison se situe entre 88 et 92 personnes. (AFP/Pierre-Franck Colombier)

Le sinistre décompte semble ne jamais s’arrêter. Un détenu de 37 ans a été retrouvé pendu lundi 17 août dans sa cellule de la maison d’arrêt des Baumettes à Marseille. Selon les associations spécialisées, le nombre de suicides est en forte augmentation depuis début janvier, entre 88 et 92 selon les estimations de l’Observatoire international des prisons (OIP) et de l’association Ban public. « Cela correspond en moyenne à près d’un suicide tous les trois jours« , dénoncent les ONG en se disant très inquiètes. Des statistiques provisoires qui laissent craindre que l’année 2009 soit encore plus sombre que 2008, marquée par 115 suicides, déjà en augmentation par rapport à 2007 (96) et 2006 (93).

C’est dans ce contexte que la ministre de la justice, Michèle Alliot-Marie devait se rendre, mardi 18 août, à la maison d’arrêt d’Orléans, pour présenter un plan d’action. La garde des sceaux devrait s’engager à une plus grande transparence sur l’ampleur du phénomène. Selon nos informations, une communication officielle devrait désormais intervenir deux fois par an pour recenser les suicides intervenus. « La difficulté est de communiquer sur le sujet sans que l’annonce de chiffres puisse contribuer à l’augmentation du phénomène », explique un proche du dossier.

FRILOSITÉ

Cette volonté de transparence risque néanmoins de se heurter à la difficulté de comptabiliser, de manière indépendante, le nombre de décès par suicide. L’administration pénitentiaire (AP) a ainsi remis, mardi 18 août le rapport, commandé le 7 août par la ministre, pour analyser les causes des suicides. Selon le Parisien, l’AP reconnaîtrait 80 suicides depuis le début de l’année – un chiffre inférieur aux estimations des ONG.

Face à la gravité de la situation, Mme Alliot-Marie devait annoncer qu’elle reprend l’intégralité des recommandations formulées par la commission présidée par le docteur Louis Albrand, chargée par son prédécesseur, Rachida Dati, d’un rapport sur les suicides en France.

La remise de ce rapport, le 2 avril, avait été boycottée par son auteur, qui avait protesté contre la frilosité de l’administration pénitentiaire et de la garde des sceaux de l’époque. M. Albrand, qui avait critiqué la réécriture par l’AP d’une partie de son rapport, en avait appelé « au prochain garde des sceaux » pour avancer sur le sujet. La remise du rapport avait été suivie par la publication d’une circulaire, unanimement critiquée par les associations de défense des détenus.

« La volonté est de reprendre les vingt propositions du rapport Albrand », explique-t-on aujourd’hui au ministère de la justice en insistant sur la mise en place de mesures « concrètes ». La commission insistait notamment sur l’amélioration de la formation du personnel pénitentiaire, dont la majorité reste à former, mais aussi des détenus et des autres acteurs des prisons (personnel médical, aumôniers, travailleurs sociaux, etc.). Le rapport suggérait de mieux associer les proches des détenus, appelant à un changement de culture dans les relations entre le personnel et les familles.

Le rapport Albrand recommandait également d’« atténuer le sentiment d’isolement de la personne détenue par la socialisation » en favorisant les activités et en simplifiant les contacts avec l’extérieur de la prison (parloirs, conversations téléphoniques), notamment dans les premières semaines d’incarcération. Mardi 18 août, sur Europe 1, le secrétaire d’Etat en charge des prisons, Jean-Marie Bockel, a insisté sur la nécessité de mieux préparer le « choc carcéral » soulignant que « la plupart des suicides se font dans les deux premiers mois ». M. Bockel a annoncé la mise en place d’un « suivi personnalisé » pour chaque détenu.

Reste le problème majeur de la surpopulation carcérale. Lors de son discours devant le Congrès, en juin, Nicolas Sarkozy avait qualifié l’état des prisons de « honte pour notre République ». Il avait promis la construction de nouveaux établissements. Le ministère de la justice reconnaît qu’il s’agit d’un facteur déterminant. « Des prisons sont en construction mais cela prend évidemment beaucoup de temps », note-t-on à la Chancellerie. Au 1er août, l’administration recensait 62 420 détenus pour 51 000 places.

Retrouvez l’article de Luc Bronner dans Le Monde

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