L’arrivée du tour de France, avec des détenus à qui ça parle

Publié dans la presse le 27 juillet 2009.

«Le vélo, c'est comme la vie. On arrête de pédaler, on tombe.»

«Le vélo, c'est comme la vie. On arrête de pédaler, on tombe.»

Cinq jeunes hommes, cinq spectateurs du Tour pas comme les autres, hier, rue Lomprez. À la maison d’arrêt de Valenciennes, les participants du Tour de France pénitentiaire, qui lui s’est déroulé au mois de juin, ont appris à regarder autrement le peloton. Peut-être aussi à regarder autrement leur vie, après 2 400 km à vélo.

Ils sont alignés devant le poste. Sur l’écran, le peloton, à 120 km encore des Champs-Elysées, musarde dans les blés. La conversation tourne autour des coureurs français, le quintet cherche Sandy Casar. Et ne jure que par la Française des Jeux. On pourrait être devant n’importe quel zinc de bistrot.

Mais non. La scène se passe dans la salle où le juge d’application des peines tranche quant aux demandes des détenus de la maison d’arrêt de Valenciennes.

Derrière la porte, la grande coursive et les cellules, les grilles partout, les cabines vitrées des surveillants.

Parce que La Voix du Nord était attendue, ces cinq détenus ont eu le droit de regarder le Tour ensemble. Mais ils lui étaient fidèles chaque jour, en cellule. Sauf heure de parloir ou de promenade, la vie en détention a des incontournables. Leur sixième compagnon n’est plus là. Il a bénéficié d’une liberté conditionnelle. À eux six, ont participé au premier Tour de France pénitentiaire. Une vitrine de la réinsertion par le sport, une incroyable… échappée, dont l’idée est née ici, à Valenciennes. Six détenus donc, huit surveillants de prison, l’ancien directeur de la maison d’arrêt, un conseiller de la Mission locale, tous à vélo. Rejoints chaque jour par d’autres équipes venues d’autres prisons. Eux seuls ont couvert les 2 400 kilomètres en 14 étapes. Billet de sortie dûment délivré par Monsieur le juge, mais sans autre dispositif de sécurité que la présence de surveillants suant eux aussi à grosses gouttes. « On a nous a fait confiance », dit Damien, 22 ans.

Après cette aventure, forcément, on regarde le Tour, le vrai, d’un autre oeil. « On a appris à repérer ceux qui souffrent, au rictus. Le vélo, c’est vraiment dur. » « Et encore, nous, on ne faisait pas la course. Pas d’autre objectif que d’arriver. Tous ensemble », ajoute Alex, 28 ans. Les deux hommes purgent une peine d’un an de prison. Ils se sont préparés six mois à l’épreuve. Ont reçu la visite de Marc Madiot (La… Française des Jeux !). Il leur a dit qu’« ils devraient apprendre à se faire mal ». Cela s’est confirmé dans le froid des Ardennes, sous le soleil de plomb de Béziers. Au petit lever à 7 h, quand les jambes font mal.

« J’ai retenu la phrase d’un journaliste, dit Damien. Le vélo, c’est comme la vie. Quand on arrête de pédaler, on tombe. » Maintenant, ils ont d’autres cols à franchir. Redoutables. Retrouver un travail, éviter la récidive. « Ce Tour, le nôtre, n’a pas été un cadeau, mais une chance. » Les phrases se bousculent. Même l’annonce télévisée du malaise de Nicolas Sarkozy ne les fait pas sortir du rail. « Oui, ça m’a changé, dit Damien. Avant, je voulais me réinsérer dans le bâtiment. Mais je me suis fixé un challenge, je vais tenter un diplôme commercial. » Mike, 29 ans, 15 mois de peine, conclut, les yeux droit devant lui : « Ce courage qu’on a montré à vélo, il faudra l’utiliser pour ne pas rechuter. »

Retrouvez l’article de T. terschlusen dans La Voix du Nord

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