Départ du Directeur de la maison d’arrêt de Loos

Publié dans la presse le 21 juillet 2009.

«On ressent les premiers effets des peines planchers. On voit apparaître de très courtes peines.»

«On ressent les premiers effets des peines planchers. On voit apparaître de très courtes peines.» (photo Pierre Le Masson

Il devait participer à sa fermeture. Quatre ans plus tard, le directeur de la maison d’arrêt de Loos, Jean-François Désire, commande toujours le plus « vieux navire » de la région. Et s’apprête même à le quitter, fin août, pour diriger un établissement encore plus ancien, la maison d’arrêt d’Angers, qui date de 1856.

N’a-t-il pas été compliqué de maintenir « ce vieux navire » à flot alors que vous deviez accompagner sa fermeture ?

« Oui, c’est vrai, cela a été compliqué. Lorsque j’ai pris mes fonctions il y a quatre ans, la tendance était de voir cet établissement fermer. En 2007, il a été annoncé son maintien. Il a fallu rester convaincu de l’utilité de cette structure. Il a fallu motiver le personnel, les partenaires. Cela n’a pas été évident. » 

Et les détenus…

« Cela s’est fait de manière plus spontanée ou au travers d’entretiens individuels. Bien sûr, ils nous disent que les cellules sont vieillottes… nous pouvons l’entendre. Des détenus ont même proposé de donner un coup de peinture à leur cellule. Des chantiers écoles ont été mis en place pour participer à la rénovation de la maison d’arrêt. Il y a, aussi, une formation portant sur l’hygiène des locaux. Certains détenus participent au nettoyage des sections. »

Et ils l’acceptent volontiers?

« Oui, ce sont eux qui s’engagent dans ces formations professionnelles. Et ils sont rémunérés. Courant 2008, un chantier école avait permis de nettoyer et de remettre en peinture l’ensemble des parloirs. »

Depuis quatre ans, vous dirigez un établissement surchargé, qui reste décrié et pointé du doigt. Comment le gérez-vous ?

« J’essaie de faire en sorte que chaque détenu soit accueilli dans les meilleures conditions. Je veille à ce que les consignes leur soient données. Qu’ils soient informés des possibilités offertes en prison, comme la scolarité. Aujourd’hui, soixante-dix détenus suivent une scolarité. Trois cents bénéficient d’activités. Certes, cela ne fait pas la moitié… Mais j’essaie dans le domaine du possible d’appliquer les règles européennes, comme c’est le cas avec la labellisation de la préparation à la sortie que nous préparons. Lorsque cela n’est pas possible, j’en informe aussitôt ma hiérarchie.

Il faut, pour cela, des enveloppes budgétaires et réclamer… »

Avez-vous, souvent, réclamé ?

« Je me bats tous les jours depuis quatre ans parce que je veux être au côté du personnel. Et que je suis soucieux d’obtenir des conditions de détention relativement correctes. Je n’ai pas la prétention de dire qu’elles sont satisfaisantes. Ce serait faux. On n’est pas dans le jeune bateau de Sequedin. On est dans un vieux navire mais une chose est sûre : on reste, toujours, capable d’initiatives. Cela se fait lentement mais progressivement.

C’est un combat quotidien que mènera, aussi, mon adjointe qui prendra le relais. »

N’avez-vous jamais dénoncé la surpopulation dans votre établissement : 456 places pour 680 détenus ?

« Cela ne dépend pas de l’établissement. On ne maîtrise pas les flux et je me dois de faire exécuter les décisions judiciaires. On commence à ressentir les premiers effets des peines planchers. On voit apparaître de très courtes peines, d’un mois, même quinze jours. C’est encore un faible pourcentage mais le phénomène s’accroît. » 

Les conditions de détention expliquent-elles les récents suicides ?

« Cette année, on a malheureusement eu à déplorer deux suicides. Pour ces détenus, rien ne permettait de penser, un seul instant, qu’ils passeraient à l’acte. C’est ce qui est encore plus déroutant pour les professionnels. En tout cas, à chaque décès, un juge d’instruction est désigné, une information judiciaire est ouverte et on reçoit les familles de ces prisonniers. Pour l’instant, on n’a pas de réponse. On continue à se mobiliser avec le personnel pénitentiaire, les travailleurs sociaux, le service médical et le service médico-psychologique régional (SMPR) qui est dans l’établissement. »

Les mesures de surveillance n’ont-elles pas été renforcées ?

« On est de plus en plus attentif au mal-être des prisonniers. Le personnel peut, à tout moment, signaler un changement de comportement. Une fois par semaine, nous faisons le point de la situation de tous les détenus où nous décidons de la mise en place ou de la levée d’une surveillance spéciale mais nous n’attendons pas cette rencontre pour mettre en place ce dispositif, le cas échéant. On est, également, très vigilant à l’état de santé des détenus dans le quartier disciplinaire. Ce n’est pas un acte neutre, une mesure disciplinaire. Plusieurs fois par semaine, des médecins rendent visite à ces détenus. On s’entoure de précautions. »

Le mal-être des surveillants pénitentiaires, qu’ils ont exprimé lors des dernières manifestations, est également grandissant…

« Il s’agissait de revendications nationales. Avec mon équipe, on a de cesse d’améliorer les conditions de travail du personnel. Et j’en tire, d’ailleurs, une certaine fierté. Dès que j’ai pris mes fonctions, j’ai, par exemple, créé des vestiaires et des chambres de veille pour les surveillantes. Cela n’existait pas ici. »

La création du quartier « sortants » qui ouvrira en septembre et la rénovation du quartier disciplinaire prouvent, en tout cas, que la fermeture de la maison d’arrêt est moins que jamais à l’ordre du jour…

« Toutes ces mesures ont été prises pour améliorer les conditions de détention. Le maintien de la maison d’arrêt, annoncé il y a deux ans, s’accompagne d’un plan pluriannuel de rénovation. Si on veut être cohérent, il faudrait qu’à terme, l’établissement ne soit plus sur occupé. Qu’il y ait un redéploiement vers les autres structures. »

1990 : Jean-François Désire, titulaire d’une maîtrise de droit, est responsable du service administratif du centre pénitentiaire de Maubeuge.

1996 : sous-directeur du centre de détention d’Argentan, de Basse-Normandie.

1999 : adjoint à la maison d’arrêt de Douai.

2002 : adjoint à la maison d’arrêt de Grasse.

2003 : directeur du service Ressources humaines, à la direction régionale de Lille.

2005 : il prend la direction de la maison d’arrêt de Loos, à 39 ans.

Retrouvez l’article de MC Nicodème dans La Voix du Nord

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