Détenus et surveillants se préparent à rouler dans le même peloton

Publié dans la presse le 2 juin 2009.

Dernier entraînement avant le départ, hier, pour les trois détenus dunkerquois et leur coach. Crédits La Voix du Nord

Dernier entraînement avant le départ, hier, pour les trois détenus dunkerquois et leur coach. Crédits La Voix du Nord

320 coureurs, 15 étapes, 2 200 km : le premier Tour de France cycliste pénitentiaire s’élancera, jeudi, de Lille. Présentée comme un projet de réinsertion sociale par le sport, cette Grande Boucle d’un genre nouveau réunira, dans le peloton, des personnes incarcérées et des professionnels du monde carcéral. À la maison d’arrêt de Dunkerque, on prépare l’épreuve depuis mars : trois détenus prendront le départ aux côtés d’Olivier Becel, leur coach, et de deux surveillants.

Pour leur dernier entraînement, hier, David, Frédéric et Nicolas ont eu droit à une récompense : «  un passage par la digue de Malo », annonce en riant leur coach, Olivier Becel. Depuis mars, les trois détenus enchaînent les kilomètres à la force des mollets : deux à trois sorties par semaine, parfois jusqu’à 100 km, plus une séance de home-trainer à l’intérieur de la maison d’arrêt. Objectif : être fin prêts pour courir les deux premières étapes du Tour de France pénitentiaire (1) : un prologue de 56 km entre Lille et Valenciennes, puis 187 km jusqu’à Montmédy, dans la Meuse.

Les trois coureurs étaient «  un peu », voire «  pas du tout » sportifs. Ils se sont portés volontaires pour participer à l’épreuve, tout en sachant que les entraînements seraient loin de ressembler à des parties de plaisir. «  Le vélo, c’est très physique ! Au début, on trouvait que c’était de la torture, ce qu’Olivier nous faisait faire ! », s’exclame David.

«  Je ne voulais pas forcément des athlètes, mais des gens qui aient envie de s’impliquer », explique l’éducateur, qui avait déjà commencé les sorties vélo en octobre, avec un autre groupe. Avec moi, ça n’a jamais été la balade et les gars se sont passé le mot. Ça m’a évité d’avoir des touristes. » Le directeur de la prison et le juge d’application des peines lui ont fait confiance pour organiser des sorties à l’extérieur en l’absence de tout surveillant. «  Ça n’a jamais été une crainte, qu’ils s’évadent », avoue-t-il.

Le coach connaît bien la population carcérale pour y donner des cours de sport depuis une dizaine d’années, en plus de ses heures au lycée de l’Yser, à Wormhout. «  La première année, j’ai commencé avec le foot, mais ça ne m’a pas plu. J’étais celui qui amenait les ballons et qui réglait les conflits. Je voulais leur apporter quelque chose mais ils n’étaient en attente de rien. Ils voulaient qu’on les laisse jouer ».

Sur le terrain de jeu, il remarque que  « ce sont les caïds qui commandent, qui désignent le petit blanc-bec qui doit aller dans les buts ».

Alors que le vélo, au contraire, développe l’esprit d’équipe. Paradoxal pour un sport individuel ? «  Le cyclisme véhicule des valeurs collectives, rétorque-t-il. On peut rouler ensemble même si on est de niveaux différents. Les plus forts roulent devant, les plus faibles se mettent à l’abri, derrière. » Le Tour de France pénitentiaire, on ne le court pas pour la gagne. Le projet veut encourager la réinsertion sociale des détenus, qui courront côte à côte avec leurs entraîneurs et même des surveillants. À Dunkerque, deux gardiens, cyclistes amateurs, prendront le départ, jeudi. «  Il y a vraiment un esprit de groupe et ça nous fera de bons souvenirs. Au moins, on ne sortira pas d’ici comme des épaves », se félicite Frédéric. La réinsertion par l’estime de soi, Olivier Becel y croit. Plusieurs fois, il a invité des amis cyclistes ou des coureurs du club de Dunkerque à participer aux sorties, « pour que les détenus puissent discuter avec d’autres personnes, dans un contexte qui les valorise. Ils disent qu’à la prison, ça parle toujours de la même chose. ».

Trois vélos ont été offerts à la maison d’arrêt de Dunkerque à l’occasion de ce Tour de France. L’éducateur aimerait y pérenniser l’activité cyclisme et «  que les anciens détenus reviennent participer aux sorties. Ça voudrait dire que ça a vraiment marché ».

Seuls quelques détenus effectueront l’ensemble du Tour de France. Ils seront rejoints par des « pelotons régionaux » qui participeront à l’épreuve sur deux ou trois étapes.

Retrouvez l’article d’Estelle Jolivet sur le site de maville.com

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