Avoir un fils en prison : le témoignage d’une mère

Publié dans la presse le 3 mai 2009.

 Les parloirs durent quarante-cinq minutes: «Beaucoup trop court pour une maman».

Les parloirs durent quarante-cinq minutes: «Beaucoup trop court pour une maman».

Il est 13 h 30, les voitures se garent les unes après les autres sur le parking du centre pénitentiaire de Maubeuge. Dans une heure, les premiers parloirs de la journée… Chaque semaine, mamans, enfants, épouses, maris ou amis, des hommes et des femmes de tout âge et de tout horizon social se plient aux mêmes rites avant de pouvoir serrer leurs proches dans leurs bras. Plongée dans l’univers carcéral, du côté des familles, avec Valérie (*), mère d’un détenu.

Comme chaque mercredi et samedi, Valérie se rend au centre pénitentiaire de Maubeuge, le jour de parloir. Elle vient voir son fils, emprisonné depuis décembre. Nous ignorons quel délit il a commis. Là n’est pas le propos. Ni juge ni partie, nous avons posé nos crayons et notre bloc-notes dans l’abri des familles (petit bâtiment accolé à la prison et qui sert de salle d’attente avant les parloirs) pour tenter de comprendre ce que peut ressentir une mère, quelques minutes avant de franchir les portes de la prison.

Sentiment de honte et de culpabilité

Petite dans sa longue veste en laine, une dame, la cinquantaine, ouvre la porte du bâtiment intime mais austère. C’est Valérie. A son bras pend un gros cabas : du linge propre pour son fils. Valérie vient deux fois par semaine au parloir et, à chaque fois, réalise le même rituel. Elle vide ses poches, laisse son sac à main dans un casier et attend que le surveillant épelle son nom dans le haut-parleur qui résonne à l’accueil. « La première fois qu’on vient ici, c’est un gros traumatisme. C’est dur pour une maman de savoir que son fils est en prison. » Les mains tremblent, la voix chevrote. Valérie évoque la honte, la peur. « La première fois, j’étais complètement anéantie par le choc. Et pourtant, je suis une femme de caractère. Quand on arrive devant les portes de la prison, on est perdu. On entre dans un autre monde. » Valérie a dû attendre vingt jours avant le premier parloir, une procédure normale pour l’administration pénitentiaire, une éternité pour cette « maman poule ». Puis elle a enfin pu voir son fils. Silence. Les mots sortent difficilement, le dialogue peine à s’installer. « Je ne voulais pas lui faire de la peine en lui parlant des bêtises qu’il avait faites et qui l’avaient amené en prison, alors on a parlé de la pluie et du beau temps. » Avec les semaines, les tensions se sont évanouies, « je ne me suis jamais autant confié à lui que depuis qu’il est ici ». À l’étroit dans une pièce de cinq mètres carré environ, mais qui respecte l’intimité. « Au début, c’est troublant, parce qu’on est enfermé. On se dit « si je fais un malaise, qu’est-ce qui se passe ? ». » Valérie voit aujourd’hui les choses différemment.

Peu lui importe le lieu, du moment qu’elle peut voir son fils, le toucher : « C’est important le contact ».

Quarante-cinq minutes se sont écoulées, déjà. Valérie doit repartir. Un moment toujours douloureux. « Eux sont en prison, mais nous, on est emprisonné à l’extérieur. » Contente d’avoir pu parler avec son enfant, mais pas soulagée pour autant. Quand il va mal, elle ressort avec le coeur chargé. Elle se pose toujours quelques minutes dans l’abri des familles, à l’abri des regards, autour d’une tasse de café, pour faire le vide et évacuer le stress engrangé. « L’autre jour, je ne l’ai pas fait, j’avais la tête ailleurs quand je suis rentrée chez moi, je n’ai pas vu le mur de mon garage, je suis rentrée dedans. » Depuis que son fils est en prison, Valérie dort mal, ses pensées la tourmentent : que fait-il de ses journées, à quoi pense-t-il, que mange-t-il ? Un sentiment de culpabilité s’est insidieusement installé. « Quand je fais mes courses, j’ai du mal à acheter les aliments qu’il aime. Des fraises par exemple, parce que je sais qu’il n’en mange pas en prison. » Valérie ne cherche pas à disculper son fils – « il a fait des bêtises, c’est normal qu’il paie » – mais elle reconnaît que la vie n’a plus la même saveur. « Je me sens amputée. » L’heure tourne, il est temps de partir. Valérie reprend rendez-vous pour le parloir dans trois semaines, pour être sûre de ne pas le rater. Elle se souvient qu’une fois, elle n’avait pas eu de place, mais quand elle avait appelé, le surveillant lui avait dit qu’un parloir venait de se libérer. « Ici, les gardiens sont supers, vraiment. Ils sont humains, très à l’écoute et s’ils peuvent nous rendre service, ils le font. »

La sortie, entre joie et angoisse

Son fils ne sortira pas de prison avant un an et demi, mais Valérie y pense déjà. Et elle angoisse. « J’ai peur que la prison n’ait rien changé et qu’il continue ses bêtises. Mon fils est influençable… » Long silence. « En même temps, il est mature, il a pris le temps de réfléchir, mais… » Nouveau silence, plus long encore. Les yeux de Valérie se perdent dans le vide. Et s’il rechutait ? Valérie baisse les yeux et, d’une voix presque inaudible, confie : « Je ne sais pas si j’aurais la force de revivre ça une seconde fois. » •

> (*) Prénom d’emprunt.

Retrouvez l’article d’Emmanuelle Bobineau dans La Voix du Nord

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1 Response so far »

  1. 1

    santoro said,

    Bonjour,
    Je vis la même chose que vous. Aujourd’hui, je reviens de prison et mon fils me reproche que tout est de ma faute!
    Comme si c’était moi qui l’avait incité à faire ses bêtises.
    J’ai vraiment essayé de lui trouver du travail, une formation.
    J’ai perdu beaucoup d’ami qui ne comprenait pas.
    Je me sens de plus en plus seule et surtout je culpabilise malgré tout.


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