Pacsés, ils vivent dans la même cellule

Le centre de détention d'Eysses compte une vingtaine de cellule double.Photo DDM,

Le centre de détention d'Eysses compte une vingtaine de cellule double.Photo DDM,

Un couple de détenus s’est pacsé l’été dernier à la prison d’Eysses (Lot et Garonne, région Aquitaine) où ils vivent dans une même cellule. Une inédite officialisation de ces unions taboues sous les verrous.

Christian et Robert (1) s’aiment, ils se sont pacsés cet été. Sur les papiers administratifs, ils cochent la case « concubinage », parce que le couple vit sous le même toit. Même si c’est une cellule double du centre de détention d’Eysses, à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne).

L’un a une soixantaine d’années, l’autre est quadra. Ils se sont rencontrés en prison. Tous les deux purgent une peine longue, après une condamnation criminelle. Ils ont leurs droits civiques, partagent une résidence administrative « commune » et ont fait leur demande auprès du tribunal d’instance de Villeneuve. Rien ne s’opposait à l’union. Le pacte civil de solidarité (pacs) a été enregistré le 7 août.

« Un cas très particulier »

Après avoir vécu dans des quartiers différents, ils partagent une des quelques cellules doubles de la prison (les autres sont individuelles). L’administration pénitentiaire précise que ce n’est pas une faveur suite au pacs. Dans une France pénitentiaire où la sexualité reste un tabou, cette union est tout un symbole. Quitte à lancer un débat miné, entre gêne morale et vraie question de société.

Il est fréquent qu’une relation intime se noue entre deux prisonniers. Les mariages d’un détenu avec une personne libre, aussi. Mais qu’une union interne soit ainsi officialisée, et sans frein de l’administration, « c’est un cas très particulier », explique Elsa Dujourdy, juriste à l’Observatoire international des prisons (OIP), qui ne connaît pas de précédent.

L’OIP est plutôt confronté à la difficulté pour les détenus de se pacser avec quelqu’un de l’extérieur, la loi exigeant de vivre à une même adresse, au contraire d’un mariage.

Une seule question s’est posée avant l’enregistrement du pacs : comment se présenter au greffe du tribunal quand on est enfermé et non permissionnable. L’administration centrale a simplement ordonné au greffier en chef de se rendre sur place pour acter les deux déclarations.

L’événement n’a pas suscité de grands débats chez les syndicats de surveillants. Qui tiennent quand même à garder l’anonymat. « La prison est une microsociété, ce qu’il se passe à l’extérieur se retrouve à l’intérieur », explique un gardien. « Franchement, ça ne pose pas de problème. » Un autre : « Un pacs en prison, ça peut paraître bizarre. Mais il y a bien des mariages. » Et la vie de couple en prison ? Un silence. « C’est un sujet tabou. » Les surveillants ne disent pas que les rapports sont « autorisés », mais « tolérés ».

[…] Frustration

Pour éviter le débat, la direction aurait pu transférer l’un des deux conjoints. « En ce moment, l’actualité, ce sont les suicides en prison », recadre un gardien. Autrement dit : faire les bourreaux d’amour derrière les barreaux, non merci. D’autant que cela ressemblerait à une discrimination.

Si la plupart des règlements intérieurs des prisons françaises bannissent les relations sexuelles, certains centres de détention distribuent des préservatifs. Et ce n’est pas qu’une affaire de sexe. Il paraît difficile d’imaginer que la loi puisse gommer la moindre effusion affective, fût-elle emmurée et surveillée. « En prison, la vie sexuelle est souvent réduite à néant », explique Elsa Dujourdy, à l’OIP. « Alors que c’est un droit et même une nécessité, même pour la réinsertion. Sinon, on entretient des gens dans la frustration. De la même manière, il est souvent impossible de maintenir des liens familiaux, des relations d’intimité et de confiance dans des parloirs de quinze minutes. »

François Korber (2), ajoute:

« Cela pose de nombreuses questions sur la sexualité et l’affectivité. Déjà, priver un homme de toute vie sexuelle et affective durant cinq ou dix ans, c’est de la folie furieuse. Alors, imaginez le désastre que cela peut provoquer sur des gens qui ont des « problèmes » sexuels importants et sont incarcérés pour ça.

Ce qui me frappe, c’est qu’un tel affichage serait totalement inconcevable dans certains centres de détention où l’homophobie est déchaînée. Ce qui est très choquant, en fait, c’est l’arbitraire.

D’où la nécessité absolue de développer les unités de vie familiale (UVF), encore trop rares. Priver un couple de toute relation durant des années, c’est de la bêtise. Le couple éclate. Et on sait très bien que, dans ces conditions, cela favorise la récidive. Une personne libérée « à la rue » voit ses « chances » de récidiver démultipliées… C’est le contraire si sa femme et ses enfants sont là.

Cela dit, cette « affaire » serait totalement banale dans nombre de pays qui nous entourent. »

(1) Les prénoms ont été modifiés.

(2) Plusiuers fois condamné, il cumulera 20 ans de prison. Devenu juriste, il milite pour faire entrer le droit en détention.

Retrouvez l’intégralité de l’article d’Adrien Vergnolle sur Sud-Ouest.com

Vous pouvez aussi consulter l’article paru le 30 avril 2009 dans La Dépêche

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