Prison : Delarue rend son rapport et après ?

Publié dans la presse le 14 avril.

Le constat accablant établi par le contrôleur général des lieux de privation de liberté dans son rapport annuel sur l’état des prisons françaises n’a pour l’instant pas fait réagir le pouvoir.

Nommé par décret présidentiel, il y a plus d’un an, avec tambours et trompettes, le Contrôleur général des lieux de privation de libertés, Jean-Marie Delarue, a rendu le mercredi 8 avril, son premier rapport annuel sur l’état de « la France captive ». Un constat sans appel, un de plus, sur la situation « grave » dans laquelle se trouvent les prisons françaises.

La presse, largement présente à l’occasion de la remise du texte, en a rendu compte. Insistant sur l’importance des recommandations de monsieur Delarue. Mais pour l’instant, aucune réaction, ni de l’Élysée, ni du ministère de la Justice. Les week-ends au Cap Nègre, les nuits passées à biberonner, autant de choses qui, il est vrai, demandent du temps et de l’attention.

Nicolas Sarkozy, pour cause « d’agenda », a même repoussé son rendez-vous avec le contrôleur général afin qu’il lui remette son document de travail. Obligeant ce dernier à tenir sa conférence de presse avant son rendez-vous à l’Élysée. « Rien de bien grave », tempère auprès de Bakchich l’un des contrôleurs qui préfère garder l’anonymat.

39 suicides depuis le début de l’année (sur lesquels l’administration pénitentiaire a décidé de ne plus communiquer), une surpopulation insoutenable, des locaux vétustes, des employés de l’administration pénitentiaire essorés (qui commencent même à voir dans le suicide une solution), des détenus qui n’ont rien à faire en prison, la vie chère, le manque de travail en détention, le non-respect des familles, et une politique de réinsertion toujours plus trouble.

Le bon coté des choses. Crédit Nardo

Le bon coté des choses. Crédit Nardo

Autant de constats dressés de manière accablante par l’équipe de Delarue. Reste une question. Ce rapport a-t-il déjà fait long feu ? Nommé par décret présidentiel, le 13 juin 2008, pour six ans, le Contrôleur général des prisons assure diriger une institution indépendante. Elle a tout pouvoir pour se rendre, sans prévenir, dans les lieux de privations de libertés qu’elle désire. Établissements pénitentiaires, hôpitaux psychiatriques, centres de rétention, commissariats… Afin, le plus « ethnologiquement » possible de faire une photographie de la « France captive ».

Louable mission. Jamais réalisée par ailleurs. Mais on s’interroge sur les moyens mis à sa disposition pour réaliser ce tour de force. Notamment quand Delarue, lors de sa conférence de presse, assure qu’il manque de personnels et qu’il va demander deux emplois supplémentaires. Notamment aussi quand on se rend sur le site web du contrôleur, toujours en construction… plus d’un an après la création de l’institution.

On s’interroge aussi sur la bonne volonté du ministère de la Justice, quand, contre toute attente, il demande à répertorier les informateurs du contrôleur. Détenus, prisonniers, familles de détenus. Autant de personnes dont la langue déjà dure à délier risque fort de ne plus émettre aucun son quand ils comprendront qu’ils ne peuvent faire remonter l’information de la base de manière anonyme. Surtout lorsque l’on sait que certains informateurs ont déjà eu à subir des représailles.

La tâche du contrôleur s’annonce donc difficile. Et son pouvoir de recommandation un brin léger face à l’ampleur du désastre pénitentiaire français.

« Il y a un oubli social des détenus, contrepartie inévitable du silence auquel leur situation matérielle les contraint et de l’opprobre où doit les tenir l’infraction », explique le contrôleur dans son rapport. « Opprobre : Ce qui humilie, mortifie à l’extrême d’une manière éclatante et publique », ajoute le Petit Robert.

Retrouvez l’article de Simon Piel sur Bakchich

Vous pouvez aussi une interview de Jean Marie Delarue sur France Info

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