Du boulot derrière les barreaux

MAISON D’ARRÊT DE PAU. Une vingtaine de détenus travaillent au sein de l’atelier du quartier des hommes. Une véritable petite entreprise.

Soudures, câblage, mise sous pli, montage de composants électriques... l'atelier est spécialisé dans le travail à façon. Les détenus gagnent 3,90 ? brut de l'heure. (photo guillaume bonnaud)

Soudures, câblage, mise sous pli, montage de composants électriques... l'atelier est spécialisé dans le travail à façon. Les détenus gagnent 3,90 ? brut de l'heure. (photo guillaume bonnaud)

La pendule affiche 17 h 15. La douzaine de détenus présents dans l’atelier rangent les outils, passent le balai, nettoient leurs postes de travail. C’est bientôt l’heure de la débauche et celle du repas du soir. Après sept heures de boulot, la journée a été bien remplie. Les détenus s’apprêtent à rejoindre leurs cellules.

Hier, l’administration pénitentiaire avait organisé un premier Forum entreprises. Manière de montrer le savoir-faire des détenus-travailleurs, de « se faire connaître » et « de dire qu’on sait bosser », explique Lionel Lagrave, responsable local du travail pénitentiaire. Cinq entreprises seulement sur les 75 contactées ont répondu favorablement à l’invitation. Un bien faible pourcentage. Qu’importe. L’essentiel était d’ouvrir une porte.

Yannick Soumagnas, gérant d’une entreprise de Serres-Castet qui commercialise des rubans adhésifs, est de ces chefs d’entreprise déjà convaincus par les avantages de la « sous-traitance » en prison. Il y a quelques années, il appartenait à une société de téléphonie mobile qui faisait travailler des détenus dans le Limousin. « Évidemment, c’est une main-d’oeuvre qui coûte beaucoup moins chère, souligne-t-il, mais l’aspect social de l’affaire est pour moi très important. Mieux vaut faire travailler des détenus que de délocaliser en Chine, non ? Et puis, c’est une main-d’oeuvre fiable, efficace et réactive. Si dans l’avenir j’en ai besoin, je n’hésiterais pas à faire appel à eux ».

Vêtu d’un bleu de travail, Éric Daniel supervise la visite, tout en jetant un oeil sur la production en cours. Il est le « patron » de l’atelier et le chef de sa propre entreprise. La SARL Astia est en effet le concessionnaire de la maison d’arrêt. C’est elle qui démarche les clients (une vingtaine installés dans la région) et fait tourner la boutique. Cela fait dix ans qu’Éric Daniel travaille avec des détenus. D’abord en Bretagne, puis à Pau lorsqu’il a monté sa propre société en octobre 2003, date à laquelle l’atelier du quartier des hommes a démarré. Et ce n’est pas la crise économique – elle touche aussi son activité – qui va le faire changer de voie.

Respectés pour leur travail

Éric Daniel défend, logiquement, les intérêts de son entreprise.

Mais lorsqu’il évoque les détenus avec qui il travaille depuis tant d’années, on a du mal à imaginer que ses propos ne sont pas sincères.

« Franchement, je n’ai rien à dire de négatif sur leur comportement et je ne veux rien savoir de ce qu’ils ont fait pour être en prison. Ils savent simplement qu’ils seront respectés pour leur travail ». Les paroles d’un patron presque comme les autres.

L’atelier ferme, Éric Daniel et son épouse quittent la maison d’arrêt.

Une dernière question, pour une ultime réponse livrée le sourire aux lèvres : « J’aurais beaucoup de mal à faire la même chose à l’extérieur. Ici, le côté relationnel est très, très fort ».

Auteur : Olivier Plagnol

Retrouvez l’article sur Sud Ouest

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