Un rapport bientôt sur le bureau de Dati.

Publié dans la presse le 22 janvier 2009.

\ »Un rapport bientôt sur le bureau de Dati\ ».

Draps en papier, interphones en cellule, formation des surveillants…

La France est le pays d’Europe où le taux de suicide en prison est le plus élevé : 17,2 suicides pour 10 000 détenus en 2008, soit le double de l’Allemagne ou du Royaume-Uni, le triple de l’Espagne. En novembre, la ministre de la Justice, Rachida Dati, a confié une mission au docteur Louis Albrand à ce sujet. Ce médecin de 57 ans, qui a consacré une partie de sa carrière à des causes humanitaires et fondé le groupe «Psychiatrie et rupture» (réfléchissant aux liens entre suicide et enfermement), s’est entouré d’une trentaine de personnes (psychiatres, directeurs de prison, surveillants…). Libération s’est procuré leur «prérapport».

Potences. Les pistes envisagées sont nombreuses et, pour un grand nombre, reprennent des propositions déjà formulées en 2003 (rapport Terra) et jamais appliquées. C’est le cas de la suppression des potences de télévision et autres «points permettant un arrimage d’un lien». L’administration pénitentiaire a déjà fait des efforts en ce sens, le rapport Albrand l’encourage à continuer. Il y ajoute la préconisation de draps en papier, qui ne résistent pas au poids d’un pendu. Et reprend l’idée médiatisée par la garde des Sceaux d’une généralisation des interphones en cellule, censés «diminuer le sentiment d’isolement», et faciliter l’alerte par le codétenu.

Autre idée déjà proposée en 2003, la mise en place d’une «grille d’évaluation du potentiel suicidaire», que le personnel pénitentiaire devra remplir en interrogeant les arrivants. Les questions portent sur les antécédents psychiatriques (tentatives de suicides, automutilations…) ; le comportement («semble dépressif» ? «apparaît anxieux» ?) ; les «facteurs de risques familiaux et sociaux économiques» («perte d’emploi» ? «rupture conjugale» ? «deuil récent» ? «abus physique ou sexuel» ?).

Toujours dans la lignée de 2003, le rapport propose d’améliorer la formation des surveillants (un film, ayant cette vocation et réalisé sous la direction du professeur Terra, devrait être projeté dans 188 prisons) et reprend l’idée d’une meilleure transmission des informations entre surveillants et personnel médical.

«Humaniser». Il préconise aussi une diminution de la durée maximale de placement au quartier disciplinaire (quarante-cinq jours actuellement) ; la formation de «détenus référents» chargés d’alerter les surveillants sur les risques de suicides ; une baisse des incarcérations de personnes atteintes de troubles psychiatriques ou encore une meilleure transmission des informations entre les policiers chargés de la garde à vue et le personnel pénitentiaire.

Le rapport Albrand reprend encore et enfin deux idées formulées en 2003 : l’instauration de «groupes de parole» et le «renforcement des liens familiaux» (en augmentant les coups de fil et parloirs). «Il faut humaniser la prison», nous déclarait le docteur Albrand à l’issue d’une conférence de presse la semaine dernière, ajoutant qu’il s’estimait «complètement convaincu de la détermination de Rachida Dati à changer les choses».


O.M.

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