Archive pour Revue de presse

« Vers une nouvelle prison dans l’Oise »

Publié dans la presse le 24 septembre 2009.

Où en est-on dans les prisons de Picardie ? Quelle politique est menée contre le risque de suicides ? Les réponses d’Alain Jégo, directeur interrégional des services pénitentiaires.

Yves Jégo, Directeur Interrégional des Services Pénitentiaires de Lille.

Alain Jégo, Directeur Interrégional des Services Pénitentiaires de Lille.Où en est-on dans les prisons de Picardie ? Quelle politique est menée contre le risque de suicides ? Les réponses d'Alain Jégo, directeur interrégional des services pénitentiaires.

On parle souvent de surpopulation pénale. Qu’en est-il dans les prisons de Picardie ?

Actuellement 2 391 personnes sont hébergées dans les six prisons de la région contre 2 350 l’an dernier. Cela représente une certaine stabilité quant au nombre de détenus. Il faut y ajouter 247 personnes, qui sont détenues, donc placées sous la surveillance de l’administration pénitentiaire, et équipées de bracelets électroniques.

Il faut noter que la surpopulation pénale ne concerne que les maisons d’arrêt de la région et non les centres de détention et les maisons centrales où la règle reste un détenu par cellule.

En Picardie, dans la plupart des maisons d’arrêt, le taux d’occupation est de 2 détenus par cellule. Bien sûr cela crée des difficultés pour la prise en charge des détenus mais, dans le cadre des règles pénitentiaires européennes, nous travaillons beaucoup sur l’accueil des détenus et nous développons le travail avec d’autres administrations qui agissent au sein des prisons comme l’Éducation nationale ou le ministère de la Santé. Il faut noter que l’aménagement des peines est actuellement en développement.

Certaines prisons picardes – c’est particulièrement le cas à Beauvais et Compiègne – sont vétustes et ne correspondent plus aux conditions normales d’incarcération. Avez-vous des projets de construction de nouvelles prisons ?

Nous réfléchissons, dans le cadre d’un futur plan, à la construction d’une nouvelle prison qui pourrait remplacer les maisons d’arrêt de Beauvais et de Compiègne. Il faut noter que plus de 2 millions d’euros ont été investis en Picardie pour rénover les cellules, sécuriser les cours [RC]de promenade et refaire le chauffage et les toitures.

On parle beaucoup en ce moment des suicides en prison. Quelles sont les mesures prises par l’administration pénitentiaire pour lutter contre ce phénomène ?

Un suicide en détention est toujours un drame pour le détenu et sa famille d’abord mais également pour le personnel pénitentiaire. Nous mettons en place des formations à destination des personnels pour encore mieux les former. Un effort tout particulier est effectué en ce qui concerne le quartier des arrivants et le quartier disciplinaire de manière à mieux repérer les comportements suicidaires. Nous échangeons très régulièrement avec tous ceux qui interviennent dans les prisons afin de mieux connaître les détenus.

Retrouvez cette interview de Georges Charrières dans Le Courrier Picard

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Le « plan prisons » de Michèle Alliot-Marie

Publié dans la presse le 10 septembre 2009.

Construire de nouvelles prisons. Trouver du travail pour les détenus. À la veille du débat parlementaire sur la loi pénitentiaire, l’analyse de la ministre de la Justice.

Michèle Alliot-Marie propose, par exemple, de développer des travaux d'utilité publique. Santé réinsertion, surpopulation, aménagements de peine sont autant de défis à relever pour améliorer le sort des détenus. Photo : Claude Stefan

Michèle Alliot-Marie propose, par exemple, de développer des travaux d'utilité publique. Santé réinsertion, surpopulation, aménagements de peine sont autant de défis à relever pour améliorer le sort des détenus. Photo : Claude Stefan

Entretien.

Nicolas Sarkozy a qualifié les prisons de « honte pour la République ». La loi pénitentiaire que vous allez défendre pourra-t-elle résoudre les principaux maux du monde carcéral, la surpopulation en premier lieu ?

J’ai bien l’intention de faire changer les choses. Le projet de loi pénitentiaire prévoit des améliorations sensibles de la situation actuelle. D’autres mesures, qui ne relèvent pas du domaine législatif, les compléteront. Les problèmes de surpopulation existent depuis très longtemps. Un plan de construction de 13 200 places de prison a été lancé, en 2002, pour s’achever en 2012. De nombreux établissements vont ouvrir au cours des prochains mois, par exemple la maison d’arrêt du Mans-les-Croisettes, début 2010. Un nouveau plan de 5 000 places supplémentaires est en préparation. C’est une opportunité pour faire bouger tout le système.

Le Sénat est favorable à des aménagements de peine pour toute condamnation à moins de deux ans de prison. Cela vous déplaît. Pourquoi ?

Ce seuil de deux ans nest pas en cohérence avec les mesures prises, l’an dernier, sur la récidive et les peines plancher. Et certains faits punis de deux ans de prison sont déjà graves, comme les agressions sexuelles. Les aménagements de peine ne peuvent avoir pour seul but de désengorger les prisons. Ils doivent permettre d’exécuter une sanction prononcée par le juge qui, sinon, parfois ¯ faute de places de prison ¯ ne le serait pas. Ils doivent aussi permettre de mieux préparer la réinsertion des condamnés en fin de peine. L’ouverture de nouvelles places permettra, dès 2010, de desserrer l’étau. L’encadrement de la détention provisoire est de nature à le réduire.

La France détient le plus fort taux de suicides en prison de toute l’Europe. S’explique-t-il par le fait qu’un tiers des détenus souffrent de problèmes mentaux et que la prison ne peut pas être un lieu de soins ?

Aujourd’hui, la réponse carcérale est la même pour les détenus souffrant de troubles psychiatriques lourds, les auteurs d’escroqueries ou les trafiquants de drogue ! Ce n’est pas satisfaisant. Cet été, il fallait prendre des mesures d’urgence pour tenter de prévenir les suicides en prison. Je l’ai fait, mais je sais que ce n’est pas suffisant et je veux aller plus loin. J’ai engagé une réflexion avec la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot-Narquin, sur la santé en prison. Je veux aussi développer les moyens de conserver aux détenus un lien social et familial durant leur incarcération, ce qui facilitera aussi leur réinsertion future.

Défendrez-vous les règles européennes de détention ? Les droits des détenus à la formation, l’activité, la réinsertion ?

Les détenus ne peuvent pas rester enfermés vingt-deux heures par jour dans leur cellule. Il faut développer les activités. Outre la formation et les ateliers, pourquoi, par exemple, ne pas faire entretenir les sous-bois pour éviter les incendies de forêt, nettoyer les rivières pour prévenir les inondations, par des détenus encadrés ? Cest un travail utile à la société, qui les place dans une perspective davenir. Pour préparer les détenus en fin de peine à la sortie, il faut aussi trouver des moyens d’aménager cette période, afin d’éviter le choc de la sortie et la perte de repères qui peuvent les conduire au suicide, à la récidive…

Vous souhaitez mettre en place des régimes de détention différenciée. Ne risquez-vous pas d’instaurer un système de ségrégation entre détenus ?

Non. Je veux différencier les réponses pour mieux préparer la réinsertion. Il faut prendre en compte les capacités de chacun à travers une formation scolaire, professionnelle, comportementale, qui ne peut évidemment pas être la même pour tous.

Défendrez-vous le principe d’une cellule par détenu pour tous ceux qui le souhaitent ?

Le principe d’un détenu par cellule ne peut pas être une règle intangible. Il faut être pragmatique : si, dans certains cas, cela peut être une bonne chose, dans d’autres ce n’est ni souhaitable, ni souhaité par les détenus.

Retrouvez ces propos receuillis par Bernard Le Solleu dans Ouest-France

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Cliquez sur insertion

Publié dans la presse le 31  août 2009.

Le Club informatique pénitentiaire cherche des formateurs bénévoles pour la prison Bonne-Nouvelle*.

Une demi-journée par semaine. C’est le temps que consacre le Club informatique pénitentiaire (Clip) aux détenus de la maison d’arrêt Bonne-Nouvelle. L’association propose des cours d’informatique, de l’initiation au perfectionnement, aux prisonniers qui souhaitent préparer leur insertion après la fin de leur peine. « L’outil informatique est le moyen indispensable pour trouver du travail maintenant. C’est aussi une occasion de faire sortir les détenus de leur cellule », explique Jean-Claude Bontemps, délégué régional du Clip pour la Haute-Normandie.

Stages d’été
Pour que l’activité se déroule normalement, il faut un ordinateur, un détenu et un formateur. Ces derniers se font rares. C’est pourquoi, le Clip lance un appel à candidature. « Nous recherchons des formateurs bénévoles qui souhaitent faire partager leurs connaissances en bureautique aux prisonniers, le temps d’une après-midi par semaine ». Jean-Claude Bontemps insiste aussi sur le fait qu’il faut avoir envie de connaître le milieu pénitentiaire. « C’est plus qu’un travail pédagogique, il faut savoir s’adapter aux différents niveaux des détenus. Savoir les écouter, ne pas juger et se taire », rappelle-t-il. Une formation est prévue à Paris pour familiariser l’enseignant au milieu carcéral.

L’été, ce sont les étudiants qui peuvent devenir formateurs. « Nous acceptons les jeunes qui souhaitent effectuer leur stage d’étude. Le Clip délivre des conventions. Les stagiaires travaillent à temps complet pendant l’été et sont rémunérés à un tiers du Smic minimum », poursuit Jean-Claude Bontemps. Travailler au sein d’un établissement pénitencier est une expérience humaine atypique.

* Maison d’arrêt de Rouen.

Retrouvez l’article de Pauline Lefrançois dans Paris Normandie

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Sortie du film “un prophète” de Jacques Audiard.

Publié dans la presse le 25 août 2009.

Le film événement de Jacques Audiard couronné à Cannes du Grand Prix du jury, sort mercredi 26 août sur les écrans. L’Express a rencontré Abdel Raouf Dafri, auteur du scénario original de l’histoire de Malik, dont la prison est le décor.

Un Prophète est une vieille histoire. Auteur du scénario original du film de Jacques Audiard, Abdel Raouf Dafri a écrit ce « roman d’éducation » d’un jeune détenu en 2001. « C’était une période difficile pour moi, raconte celui que le scénario des deux films consacrés à Jacques Mesrine a transformé en valeur montante du cinéma français. J’étais au RMI ».

L’histoire de Malik s’est imposée à son auteur comme une évidence. Né à Marseille, grandi à Lille, aujourd’hui âgé de 45 ans, Abdel Raouf Dafri a connu de l’intérieur l’univers des quartiers déshérités. L’invention du héros doit beaucoup à ce qu’il a pu observer. « Moi, j’appartiens à la génération Mitterrand. C’était une ère multi-éthnique. Noirs, rebeus, français de souche, nous étions tous ensemble. Peu à peu, le pays s’est ethnicisé. Maintenant, les jeunes parlent arabe entre eux ».

Dans le film, Malik échappe pourtant à ce schéma devenu dominant. « Il n’a pas conscience qu’il est arabe, explique Dafri. Dans la prison où il est enfermé pour six  ans, il apprend tout seul au contact des Corses et des autres ». « Je ne voulais surtout pas faire un documentaire sur la prison ou la cité, reprend-il, même si je me suis inspiré de mes souvenirs et de l’expérience d’amis». Ou s’il n’a pas masqué des faits parfois dérangeants de la réalité carcérale. « Le shit régule les prisons », dit-il ainsi.

Entre la trame originale tissée par le scénariste et la version définitive due à Jacques Audiard et Thomas Bidegain, plusieurs modifications substantielles ont été enregistrées. La quasi-totalité du film se déroule ainsi en prison alors qu’Abdel Raouf Dafri avait séparé en deux parties égales le parcours de Malik : dedans, dehors. Et surtout, la manière de raconter et de montrer a été « francisé ».

Car, Dafri proposait une vision plus américaine, jusque dans les détails de la vie carcérale. Exemple : les détenus mangeaient ensemble dans la centrale comme aux Etats-Unis, alors qu’ils se restaurent, en réalité, dans leur cellule. Des scènes étaient plus amples, plus proches du grand cinéma américain, façon Le Parrain ou Scarface. Le scénariste revendique aussi son admiration pour Sam Peckinpah (1925-1984), réalisateur réputé pour la violence de ses images.

Dans Un Prophète, Malik tue un autre détenu avec une lame de rasoir dissimulée dans sa bouche : « cette scène-là, c’est l’histoire qui me l’a inspirée. J’ai pensé aux prostituées vietcongs qui tranchaient le sexe des GI américains pendant la guerre du Vietnam ».

Abdel Raouf Dafri se veut pourtant rassurant. « J’ai toujours détesté le banditisme violent, affirme le scénariste. Je préfére l’intelligence à la force, Michael Corleone à Tony Montana. Malik, c’est d’abord quelqu’un d’intelligent ».

Pour son prochain scénario, il reste toutefois dans le milieu du banditisme. Le film qui sera signé Romain Gavras, raconte l’histoire de Français ayant dirigé un trafic de toiles volées entre la France et le Japon et ayant commis des braquages au pays du Soleil Levant.

Voici la bande annonce:

Retrouvez l’article de Pascal Ceaux et d’Eric Pelletier dans l’Express

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« Je vous écris deLonguenesse »

Publié dans la presse le 20 août 2009.

Elle est arrivée en début de semaine à la rédaction. Une lettre, signée d’un détenu de la maison d’arrêt de Longuenesse, témoignant de violences subies pendant sa détention. Une enquête est en cours.

«  Je vous fais part de ce courrier pour que vous informiez vos lecteurs et la justice que la détention est très dangereuse.»

En haut de la missive, un nom, un matricule, une adresse. Celle du centre pénitentiaire, à Longuenesse. Suivent plus de deux pages au fil desquelles le détenu, retenu en maison d’arrêt, témoigne. De ses conditions de détention – «  nous sommes trois en cellule, elle ne mesure que 9 m² (…), le troisième détenu dort par terre, on vit dans un espace vital d’environ 3 m² » -, des violences qu’il affirme avoir subies, pendant six nuits entre fin juin et début juillet, causées par ses codétenus.

«  On reçoit beaucoup de lettres de détenus », indique le procureur de la République au tribunal de Saint-Omer, Pascal Marconville. Qui explique : «  Quelles que soient les violences, elles relèvent d’une juridiction intérieure à la prison et sont jugées par un conseil disciplinaire. Lorsqu’il peut y avoir une infraction pénale, les détenus sont invités à m’écrire ». Sur les faits dont se fait écho le détenu qui nous a écrit, une enquête est en cours au sein du centre pénitentiaire.

«  Il faut que toute la lumière soit faite sur cette affaire, convient Pascal Vansantberghe, le directeur de la prison de Longuenesse. On tirera les conséquences des conclusions de l’enquête. On effectue un travail important autour de l’accueil des personnes, notamment celles qui sont en situation de vulnérabilité. Ce monsieur a osé parler. Ça veut aussi dire qu’on travaille dans le bon sens. »

Retrouvez l’article  de J-L.D. dans La Voix du Nord

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Prisons: de nouveaux établissements pour mettre fin aux problèmes?

Publié dans la presse le 19 août 2009.

Un surveillant dans le couloir d'une prison/Jean-Philippe Ksiazek AFP/Archives

Un surveillant dans le couloir d'une prison/Jean-Philippe Ksiazek AFP/Archives

5.000 nouvelles places doivent être construites en 2009, mais pour les observateurs, cela ne réglera pas tous les problèmes…

En juin dernier, constatant devant le Congrès que les prisons françaises étaient une «honte pour notre République», Nicolas Sarkozy a promis la construction de nouveaux établissements pénitentiaires.

Moins de deux mois plus tard, le ministère de la Justice assure: «Cela se poursuit activement.» Selon un porte-parole, il devrait y avoir 5.000 nouvelles places dans sept nouveaux établissements au cours de l’année 2009. L’objectif est double selon lui. Il s’agit d’«augmenter la capacité du parc pénitentiaire» et de «fermer les maisons d’arrêts les plus vétustes».

«De la poudre aux yeux»

Certains s’interrogent toutefois sur la finalité de ces nouveaux établissements. Pour Laura Petersell, de l’association «Ban Public», «c’est de la poudre aux yeux». La création de nouvelles prisons ne permet pas de lutter contre le problème de la surpopulation carcérale. Cela créé au contraire un cercle vicieux qui fait que plus il y a de places, plus il y a de prisonniers. «C’est un appel d’air total», lance-t-elle à 20minutes.fr, «cela ne résout pas le problème et consiste à refuser de se poser les bonnes questions».

Au lendemain des mesures annoncées par Michèle Alliot-Marie pour lutter contre les suicides en prison, les questions affleurent. La fabrique de nouvelles prisons est-elle vraiment la solution? Si la Chancellerie considère ces nouveaux établissements comme déterminants, Jérôme Capdevielle, élu national du syndicat FO Pénitentiaire, remarque que la construction d’établissements modernes «ne suffit pas pour endiguer le problème des suicides en prison». «Si quelqu’un veut mettre fin à ses jours, il trouvera toujours le moyen de le faire», explique-t-il à 20minutes.fr.

«Mettre de l’humain dans les prisons»

Le docteur Louis Albrand, auteur du rapport remis en avril au ministère de la Justice, juge que «tout cela est insuffisant». Il en veut pour preuve le fait qu’«il y a déjà eu deux suicides à la prison de Lyon-Corbas», un établissement qui a ouvert ses portes il y a quelques mois à peine. Pour réhabiliter les prisons françaises, il ne suffit pas d’ouvrir des établissements modernes. Ce qu’il préconise, c’est avant tout de «mettre de l’humain dans les prisons».

Car les nouveaux établissements ont beau être modernes, ils sont «de moins en moins humains et ressemblent à Big Brother devenu réalité», selon lui. «C’est la conception même de prison qu’il faut réformer», explique-t-il à 20minutes.fr. Selon les derniers chiffres de  l’administration pénitentiaire, il y avait au 1er août 62.420 détenus pour 51.000 places.

Retrouvez l’article d’Elodie Lestrade dans 20 minutes

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Quand parler à «Libération» prive de parloir

Publié dans la presse le 19 août 2009.

Condamné à un an de prison ferme à la suite d’un coup de force dans le cadre d’un conflit salarial, Gérard Jodar, président de l’USTKE (Union syndicale des travailleurs kanaks et exploités), est privé de visites depuis hier mardi.

Le président de l'USTKE, Gérard Jodar. (© AFP Marc Le Chelard)

Le président de l'USTKE, Gérard Jodar. (© AFP Marc Le Chelard)

Parce qu’il a donné un entretien à Libération depuis sa prison de Nouvelle-Calédonie, Gérard Jodar, condamné à un an de prison ferme à la suite d’un coup de force dans le cadre d’un conflit salarial, a été privé de parloir. L’article de notre quotidien, où le président de l’Union syndicale des travailleurs kanaks et exploités (USTKE) déclare: «nous sommes toujours dans une colonie et pas très loin de l’époque du bagne», a été repris en une de la presse locale. Ce qui a fait grand bruit dans cet archipel du Pacifique.

«C’est suite à l’article»

Ce mercredi à 13h30, heure de Nouméa, l’épouse du président de l’USTKE s’est vu refuser l’exercice de son droit de visite à la prison de Camp Est, où son mari est incarcéré depuis le 29 juin, après sa condamnation à la suite de deux actions syndicales. «Ils m’ont interdit le parloir à moi et mes enfants. J’ai demandé au gardien la raison de ce refus, puis j’ai voulu voir le directeur. Il était trop débordé pour me recevoir. Un responsable m’a finalement dit: “vous savez très bien pourquoi, c’est suite à l’article”. Visiblement M. Fenard, le directeur de la prison, n’a pas apprécié que Gérard dénonce les conditions de détention à Camp Est où il y a près de 420 détenus pour 190 places.»

Et l’épouse de Gérard Jodar de poursuivre: «Oui, nous avons pris un risque. Mais ça valait le coup de témoigner. Moi, ça va, mais mes enfants sont très remontés», ajoute-t-elle.

«S’exprimer depuis sa prison n’a rien d’illégal»

Cécile Morescot, l’avocate de Gérard Jodar a demandé par fax une justification à Emmanuel Fenard, directeur de la prison. «Mme Jodar était munie d’un permis de visite pour elle et ses deux enfants accordé par le tribunal. L’autorisation de permis de visite n’était plus dans le dossier à l’accueil. C’est donc le directeur qui l’aurait retirée», explique l’avocate, qui fustige «une décision arbitraire de l’administration pénitentiaire car il n’y a eu aucune décision de justice, ni de conseil de discipline».

«S’exprimer depuis sa prison n’a rien d’illégal. Des détenus écrivent bien des livres», rappelle Me Morescot. Lundi, la demande d’aménagement de peine de Gérard Jodar a été refusée malgré un avis favorable. «Alors que toutes les autres personnes condamnées dans ce dossier en ont obtenu une, souligne l’avocate. Gérard Jodar est clairement ciblé par le parquet.»

Procès le 25 août

Le procès en appel de Gérard Jodar et des autres militants de l’USTKE est fixé au mardi 25 août. Samedi, «une grande marche organisée par l’USTKE et le collectif de soutien» regroupant la plupart des forces indépendantistes devrait partir du siège de l’USTKE et se diriger vers la prison de Camp Est. Après une petite halte devant le Haut commissariat de la République (la représentation de l’Etat en Nouvelle-Calédonie) pour protester contre la politique du «tout répressif» menée par Yves Dassonville, le haut-commissaire dépêché dans l’archipel en octobre 2007.

Retrouvez l’article de Matthieu Ecoissier dans Libération

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L’OIP dénonce le plan absurde de MAM

Publié dans la presse le 19 août 2009.

La prison de Fleury-Mérogis.

La prison de Fleury-Mérogis.

Selon l’Observatoire international des prisons, le plan de prévention contre les suicides en prison “pousse la logique à l’absurde” car il offre des conditions de détention plus favorables au codétenu qui prend en charge la personne suicidaire, plutôt qu’à cette dernière.

L’Observatoire international des prisons (OIP) a affirmé mardi 18 août que les mesures de prévention annoncées par Michèle Alliot-Marie pour lutter contre les suicides poussent la “logique à l’absurde” et “perpétuent” la même politique depuis 2004.
La ministre de la Justice a annoncé mardi à Orléans une série de mesures centrées principalement sur la prévention et la protection des détenus fragiles.
Pour l’OIP, ce plan a en réalité été initié le 1er juillet en application d’une circulaire de Rachida Dati du 15 juin. “Il est désormais manifeste que la nouvelle garde des Sceaux entend perpétuer la politique de prévention des suicides initiée en 2004″ caractérisée par des dispositifs visant à empêcher matériellement la personne de mettre fin à ses jours et à prévoir les comportements auto-agressifs.

Doute sur les statistiques

Ce plan, selon l’OIP, “pousse la logique à l’absurde” car il préfère offrir des conditions de détention plus favorables au codétenu qui se voit déléguer la tâche de prendre en charge, “en lieu et place de la puissance publique”, la personne en crise suicidaire, plutôt que d’assouplir les conditions de détention de cette dernière.
Par ailleurs, l’OIP publie en fac-similé un document intitulé “Bilan provisoire des suicides en 2008, établi le 6 janvier 2009 par la direction de l’administration pénitentiaire” qui montre, selon l’OIP, que les “mesures préconisées ont largement montré leurs limites”.
Ainsi, 71,5 % des détenus qui se sont suicidés durant l’année 2008 avaient été repérés comme fragiles ou suicidaires et faisaient l’objet de mesures spécifiques de suivi.
Cette étude suscite par ailleurs, assure l’OIP, un “doute sérieux sur la crédibilité des statistiques officielles” sur le nombre des suicides survenus en prison : les décès de personnes libérées après leur tentative de suicide ne sont pas comptabilisés et “une large majorité des décès survenant en détention” sont considérées comme des morts accidentelles alors que certaines seraient susceptibles d’être reclassées en suicides.
Par ailleurs, le psychiatre Louis Albrand, auteur en avril d’un rapport sur le sujet pour le compte du ministère de la Justice, a estimé que les mesures annoncées sont “décevantes” et pas “sérieuses”. “Ce ne sont pas des mesures à la hauteur de l’enjeu”, a déclaré le Dr Albrand : “il faut une véritable réforme pénitentiaire”.
La ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, a annoncé mardi à Orléans une série de mesures centrées principalement sur la prévention et la protection des détenus fragiles.

Draps indéchirables

Parmi ces dispositions figure notamment la généralisation de “kits de protection” destinés aux détenus susceptibles d’attenter à leurs jours, contenant des draps et couvertures indéchirables et des pyjamas en papier à usage unique pour éviter les pendaisons, ainsi que des matelas anti-feu.
Ces mesures figuraient dans le rapport sur le suicide en milieu pénitentiaire remis par le Dr Albrand en avril. “Ce qu’elle a repris, c’est le rapport édulcoré, c’est pas mon vrai rapport”, estime toutefois le psychiatre.
“Il faut créer de nouvelles prisons, des petites structures, plus humaines, diminuer le mitard de 45 jours à 20 jours comme je l’ai demandé (…) Il faut que cela soit un magistrat et non plus le directeur de la prison qui décide pour aller au mitard”. “Tout cela n’est pas sérieux”, conclut Louis Albrand : “Je m’attendais à mieux de Michèle Alliot-Marie et je suis triste parce que si mes mesures avaient été appliquées dès décembre dernier, quand je les ai données à Rachida Dati, on aurait sauvé des dizaines de vies cette année”.
Le 2 avril, le psychiatre avait boycotté la remise à la Chancellerie de son rapport, en appelant le successeur de Rachida Dati à “s’attaquer sérieusement” au problème.

Retrouvez cet article dans Le Nouvel Obs

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“On paie l’obsession sécuritaire par des dizaines de suicides par an”

Publié dans la presse le 18 août 2009.

Gériatre et médecin humanitaire, le docteur Louis Albrand avait boycotté, le 2 avril, la remise de son rapport sur la prévention du suicide en prison à Rachida Dati, alors garde des sceaux, estimant qu’il avait été édulcoré par l’administration pénitentiaire. Il a annoncé, lundi 17 août, la création, sous l’égide d’Albin Chalandon, ancien ministre de la justice dont il fut conseiller technique, la création d’un groupe de travail œuvrant sur le même sujet.

Michèle Alliot-Marie entend s’inspirer de vos recommandations. Etes-vous satisfait ?

Louis Albrand : Il y a eu 92 morts par suicide en prison depuis le 1er janvier 2009 [Chiffre de l'association Ban public]. Pourquoi a-t-on attendu pour sauver ces dizaines de vie ? J’avais déjà rendu fin décembre 2008 à Madame Dati, un pré-rapport contenant ces recommandations, or, je me suis aperçu au printemps que l’administration pénitentiaire – dont 20 des 40 membres de la commission étaient issus -, n’avait rien fait, et qu’on avait déjà 30 suicides.

A quoi attribuer cette inertie ?

L’administration pénitentiaire a la culture du secret et se prévaut d’une éthique et d’un savoir faire. L’Espagne comme l’Italie ont quatre fois moins de suicides en prison que la France, qui est dans ce domaine la plus mauvaise élève de l’Europe, car même nos prisons modernes sont déshumanisées au profit de l’électronique. La France pratique une politique pénale rigide, sans l’assortir des mesures de réinsertion et de réhabilitation indispensables, ce qui explique qu’elle ait le taux de récidive le plus élevé d’Europe : 60%.

Il faut créer des postes, remettre des hommes et du liant dans les relations en prison. La prison doit devenir transparente car elle est une institution de la République. Elle doit s’ouvrir aux associations, aux églises, aux journalistes. Il faut la sortir de cette culture punitive selon laquelle un détenu doit en baver.

Quelles sont les principales causes de suicide en détention ?

D’abord, la surpopulation. On peut être jusqu’à huit personnes dans une cellule prévue pour deux, où l’un défèque sans pouvoir s’isoler tandis que les autres mangent. Il y a aussi la maladie mentale. 25% des détenus sont des psychotiques graves, – soit environ 15 000 personnes – qui devraient se trouver en hôpital psychiatrique. En prison, ils sont privés des soins nécessaires à cause du manque de psychiatres, et l’on attend qu’ils aient attenté plusieurs fois à leur vie avant de procéder à des placements d’office. On paie l’obsession sécuritaire par des dizaines de suicides par an. Il faut réhumaniser la prison, mettre le détenu dans une condition d’espoir: celle de retrouver une vie en sortant et de garder sa dignité en détention.

Comment y parvenir ?

En restaurant le détenu dans sa dimension d’acteur de sa propre vie. Il faut repenser tout le cours de la détention de sorte que la condition se rapproche au plus près de la vie en dehors des murs avec notamment des formations. Il faut aussi identifier et aider les détenus les plus fragiles. Leur permettre de verbaliser leur mal-être car c’est le choc carcéral qui provoque le plus de suicides, et cela dans les trois premiers mois de détention.

J’avais, par exemple, préconisé un entretien avec un psychiatre et la possibilité de contacts téléphoniques entre le détenu et son avocat comme avec sa famille dès les premiers jours de détention, ainsi qu’un accès au parloir plus rapide. On doit aussi s’attaquer à la honte française du “mitard” dont j’avais demandé qu’on réduise la durée de 45 à 25 jours quand l’Europe en recommande 20.

Le personnel pénitentiaire est-il préparé à ces changements ?

Il est composé de gens souvent formidables, mais les trois quarts des gardiens de prison n’ont aucune formation dans le domaine psychologique. Il faut un recrutement mettant l’accent sur la qualité humaine, puis assurer une formation. Un gardien ne doit plus tutoyer un détenu.

Quant au personnel soignant des prisons, il doit cesser d’ignorer les agents pénitentiaires au prétexte du secret médical. Ces deux catégories de personnel doivent nouer un dialogue pour détecter conjointement les signes avant coureurs du suicide. Le ministère de la Santé a également une responsabilité à exercer en matière de politique pénitentiaire.

Or, Madame Bachelot nous parle beaucoup de la grippe A qui a causé deux décès en France, mais pas des 92 suicides en prison cette année. Mais la prison, c’est environ 60 000 personnes qui souvent ne votent pas et n’ont donc que peu de poids.

Vous venez d’annoncer la création d’un groupe de travail sur le sujet avec Albin Chalandon…

Avec Rachida Dati, on a perdu deux ans. Si le ministre n’avance pas, la société civile doit intervenir. En disant dans son discours de Versailles que “l’état de nos prisons est une honte pour la République “, Nicolas Sarkozy a donné une feuille de route à tout citoyen responsable. Ce groupe, dont la composition – anciens ministres, hauts fonctionnaires, magistrats, personnel pénitentiaire, médecins, anciens détenus, journalistes, écrivains – sera donnée début septembre, va observer la politique de Michèle Alliot-Marie d’un œil critique. De ces réunions ressortiront des propositions dès la fin octobre. Il ne s’agit pas de polémiquer mais de trouver des solutions, notamment financières, pour la construction de prisons plus petites et plus humaines en faisant appel à des capitaux privés.

Retrouvez l’article de Patricia Jolly dans Le Monde

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Un ex-détenu contre le « racket » de la télévision en prison

Publié dans la presse le 28 juillet 2009.

François Korber va déposer dans les jours qui viennent un recours « en excès de pouvoir » contre la ministre de la justice.

Depuis trois mois qu’il est sorti de prison, il ne s’est consacré qu’à une chose : son combat contre ce qu’il appelle « le racket de la location de télévision dans les prisons ».

Pour monter son dossier, il s’est plongé dans les rapports et a accumulé des dizaines de kilos de papier dans sa chambre d’hôtel. François Korber, ancien détenu, s’apprête à déposer un recours « en excès de pouvoir contre la ministre de la justice » au tribunal administratif de Melun (Seine-et-Marne).

Parallèlement, ce juriste de formation se bat au pénal : il a déposé une plainte pour « faux » contre le directeur de l’administration pénitentiaire et pour « extorsion de fonds » contre la direction de la prison au parquet de Melun.

On transfert les détenus, mais pas leurs télévisions

À l’origine de sa colère et de ces nombreuses procédures se trouve ce que François Korber vit comme une « injustice ». En 2002, il a eu le choix d’acheter pour 150,92 € un poste de télévision au centre de détention de Riom (Puy-de-Dôme) ou d’en louer un pour 33,54 € par mois. Logiquement, il a choisi la première possibilité, plus économique pour un détenu qui purge une peine de plusieurs années.

Mais, deux ans plus tard, quand il a été transféré à Châteaudun (Eure-et-Loir) puis à Melun, son poste lui a été confisqué. Il est resté à la « fouille » avec les autres objets personnels des prisonniers interdits en cellule.

Korber dénonce l’opacité du système

« On m’a alors obligé à louer une télé pour 36 € par mois, raconte ce Bordelais d’origine. Et tout cela, dans l’opacité la plus totale. Dans chaque établissement pénitentiaire, on vous dit : ici la location, c’est tel prix. Pourquoi ? Vous n’en savez rien. » On sait juste à quoi sert cet argent : à financer les activités sportives et socioculturelles des détenus.

« Le vrai problème est qu’il n’existe aucun cadre juridique, explique Marie Cretenot, de l’Observatoire international des prisons (OIP), ce qui engendre une grande hétérogénéité des coûts et des modalités de location. Ceux qui purgent une peine de plusieurs années paient alors leurs télévisions plusieurs fois », ajoute- t-elle, rappelant que 35 % des personnes incarcérées vivent avec moins de 45 € par mois.

La Cour des Comptes et le Parlement avaient déjà enquêté

François Korber se bat donc pour que les prisonniers puissent choisir librement entre la location et l’achat, et surtout pour que les prix soient fixés en toute transparence. À 57 ans, il porte seul ce dossier avec son avocate Nicole Prevost-Bobillot.

Il n’est pourtant pas le premier à avoir soulevé ce problème. Le rapport de la Cour des comptes de 2006 ainsi que deux rapports de l’Assemblée nationale et du Sénat en 2000 se sont déjà penchés sur le sujet.

« Le problème, c’est que nous sommes en 2009 et que rien n’a changé », assène-t-il. L’administration pénitentiaire assure de son côté s’être engagée dans une démarche d’homogénéisation de la situation au niveau national.

Un espoir d’amélioration

« Nous sommes dans une démarche de transparence sur ces sujets que nous ne méconnaissons pas», assure Stéphane Scotto, sous-directeur. « Le 1er janvier 2010, une trentaine d’établissements vont plafonner la location à 18 € par mois”, annonce-t-il, rappelant qu’il est d’ores et déjà possible d’acheter son propre poste dans certains établissements.

Celui que ses codétenus surnommaient « Robin des lois » espère obtenir gain de cause rapidement. En attendant, il conserve précieusement son fameux poste de télévision au milieu des cartons, dans sa chambre d’hôtel. Espérant pouvoir confier un jour ce symbole de son combat au Musée des prisons.

Retrouvez l’article de Claire Hache dans La Croix

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